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Un cas différent des cinq précédents

Un homme genevois a été déclaré comme étant en rémission du VIH, suite à une greffe de moelle osseuse dans le cadre du traitement d’un cancer du sang (leucémie). L’annonce a été faite lors de la conférence internationale sur le VIH IAS 2023, à Brisbane, en Australie.

Si cinq autres personnes au monde sont considérées comme étant elles aussi en rémission, voire guéries, ce cas-ci diffère des précédents. En effet, pour les patients de Berlin, de Londres, de Düsseldorf, de New York et de City of Hope, la greffe de moelle osseuse provenait d’un donneur porteur d’une mutation génétique (nommée CCR5 delta 32) rendant les cellules naturellement résistantes au virus du Sida. Or, ici, le patient “a bénéficié d’une greffe de cellules souches qui, pour la première fois, ne présentent pas de mutation génétique rare pouvant expliquer cette rémission. Ce qui en fait un cas unique”, précisent les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) dans un communiqué.

La greffe de cellules souches de moelle osseuse a été réalisée en 2018, et le patient genevois a définitivement arrêté son traitement antirétroviral en novembre 2021.

Prometteur, mais prudence

Selon la Pre Alexandra Calmy, responsable de l’Unité VIH aux HUG, et le Pr Asier Sáez-Cirión, responsable de l’unité Réservoirs viraux et contrôle immunitaire à l’Institut Pasteur, “la durée d’indétectabilité après l’interruption du traitement – 20 mois – n’a pas de précédents chez les personnes qui ont reçu une greffe de moelle en absence de la mutation CCR5 delta 32”, ce qui constitue une avancée majeure. Une rémission qualifiée de “magique” par ce patient genevois désormais “tourné vers l’avenir”, mais qui doit être considérée avec prudence. Car précédemment, d’autres patients avaient reçu des greffes de cellules souches “normales”, et le VIH était réapparu dans leur organisme quelques mois après l’arrêt des rétroviraux.

Ici, ni particules virales, ni réservoir viral activable, ni augmentation des réponses immunitaires contre le virus dans l’organisme du patient n’ont été repérés, laissant penser à une rémission complète.

Selon les scientifiques interrogés sur ce cas exceptionnel, il est possible que les immunosupresseurs prescrits pour faire accepter la greffe à l’organisme aient induit une immunodépression profonde et vidé complètement les réservoirs du VIH, entraînant cette rémission prolongée et guérison potentielle.

Un traitement qui n’est pas transposable à tous et toutes

Pour autant, pas question de voir dans cette nouvelle rémission la promesse d’un traitement transposable à grande échelle à toutes celles et ceux porteurs du VIH, car celui-ci est loin d’être anodin. “Il est considéré comme trop risqué pour traiter les personnes séropositives qui n’ont pas besoin de greffe. Cette dernière peut en effet les rendre vulnérables à d’autres infections, et l’organisme rejette parfois la greffe. Cette découverte ouvre toutefois de nouvelles perspectives pour mieux comprendre – et peut-être un jour contrôler – la façon dont le virus se réplique dans le corps humain”, lit-on dans le communiqué des Hôpitaux universitaires de Grenoble.

Cette rémission demeure cependant importante pour faire avancer la recherche vers la guérison du VIH.

Dans la matinale de France Inter ce vendredi 21 juillet, Yazdan Yazdanpanah, infectiologue et directeur et l’Agence ANRS/Maladies infectieuses émergentes, ainsi que Christophe Martet, président de l’association Vers Paris sans sida, ont estimé qu’en parallèle de la recherche fondamentale, il est crucial que toutes les personnes vivant actuellement avec le VIH soient dépistées au plus tôt et reçoivent les traitements qui existent déjà. Lesquels permettent de vivre avec le VIH, de le rendre indétectable et de cesser de le transmettre.

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