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Mal soignées, les allergies saisonnières peuvent s’aggraver. Différents médicaments permettent de limiter les risques. On fait le point avec deux experts.

Pourquoi et comment se débarrasser du rhume des foins ?

Mal soignée, prise à la légère, la réaction allergique ne peut que s’aggraver au fil du temps.

En l’absence de traitement, le patient risque de passer de la rhinite intermittente à des symptômes plus prégnants, puis d’évoluer vers de l’asthme allergique ou des complications inflammatoires au niveau des sinus, explique la Dre Isabelle Bossé, présidente d’honneur du Syndicat français des allergologues.

À partir de là, la stratégie thérapeutique est adaptée à chaque personne.

Les premiers réflexes pour soulager les symptômes de l’allergie

Des lavages du nez et des yeux avec du sérum physiologique (plusieurs fois par jour, au minimum matin et soir) peuvent suffire à soulager une rhinite ou une conjonctivite simples. En parallèle, on limite son exposition aux pollens et aux moisissures à l’origine de l’allergie en adoptant les bons réflexes.

Dès que les symptômes deviennent plus gênants (le nez coule en permanence, les yeux piquent et pleurent…), on passe à la vitesse supérieure. Les traitements médicamenteux servent alors à « éteindre le feu », selon l’expression du Dr Nhân Pham-Thi, allergologue engagé auprès du Réseau national de surveillance aérobiologique.

L’allergie saisonnière : ça s’arrête un jour ?

Pour l’allergologue Isabelle Bossé, la réponse est sans ambiguïté : « oui, l’allergie saisonnière peut être guérie. Grâce aux traitements, un patient peut vivre avec, sans être impacté par les symptômes. Il arrive même que l’on assiste à des guérisons spontanées dans des conditions impossibles à expliquer ! ».

Comment calmer un rhume des foins avec des médicaments antihistaminiques ?

Les antihistaminiques, que l’on trouve en comprimés, en spray ou en collyre, ne permettent pas de guérir l’allergie saisonnière, mais ils agissent efficacement sur les écoulements et les démangeaisons.

Ils bloquent en amont la réactivité des muqueuses, explique le Dr Pham-Thi, allergologue engagé auprès du Réseau national de surveillance aérobiologique.

Les dernières générations mises sur le marché ont moins d’effets secondaires. Les patients apprécient en particulier de ne plus somnoler pendant la journée.

Quand les prendre ?

Les allergologues conseillent de démarrer le traitement le plus tôt possible, dès que les réseaux d’alerte signalent l’arrivée des pollens ; ou dès le début des symptômes. Il n’y a pas de ligne de conduite générale. C’est à chacun d’adapter le traitement en fonction de sa situation.

Je conseille aux patients de s’écouter, avant tout. Chacun a son propre seuil de tolérance, un peu comme pour la douleur. Mais si les symptômes perturbent le sommeil, engendrent de la fatigue ou des difficultés de concentration, il ne faut pas hésiter à prendre un antihistaminique. Dr Pham-Thi

Chez les personnes très impactées par leur allergie, la Dre Bossé conseille même d’anticiper le traitement : « certains patients sont tellement gênés qu’on leur conseille de le démarrer 15 jours avant l’apparition des pollens, avant même d’avoir des symptômes. Ils seront mieux protégés ».

Les corticoïdes, plus efficaces pour déboucher le nez

Par leur action anti-inflammatoire, ces produits qui sont délivrés en gouttes, agissent sur l’ensemble des symptômes, mais ils sont plus efficaces que les antihistaminiques sur l’obstruction nasale. Pour se les procurer, une ordonnance est indispensable. Certaines formulations associent un corticoïde et un antihistaminique pour une efficacité renforcée.

Comment soigner la rhinite allergique grâce à l’automédication ?

Un pharmacien peut délivrer, sans ordonnance, une boîte de sept comprimés, offrant ainsi un répit d’une semaine. La plupart contiennent de la cétirizine. Depuis octobre 2023, les médicaments à base de fexofénadine sont également en vente libre.

Si le patient revient voir  son pharmacien pour obtenir une autre boîte, celui-ci doit l’alerter et lui recommander de consulter son médecin traitant. Dre Bossé

Sur la même ligne, le Dr Pham-Thi insiste sur l’importance de ne pas négliger les symptômes respiratoires : « dès qu’on ressent une gêne, avec de la toux ou un essoufflement, il faut consulter. C’est peut-être le signe que la réaction allergique a diffusé dans les bronches. Il peut s’agir d’un asthme et c’est dangereux ».

Avec ou sans ordonnance, quelle différence ?

Les antihistaminiques de dernière génération, les mieux tolérés, ne sont disponibles que sur ordonnance. L’avantage, c’est qu’ils sont remboursés par la Sécurité sociale.

Sont-ils efficaces à long terme ?

À force de prendre le même antihistaminique tous les ans à la même période, certaines personnes constatent une baisse de son efficacité. « L’effet peut effectivement s’amenuiser avec le temps », dit Isabelle Bossé. Dans ce cas, l’allergologue propose soit de changer de molécule antihistaminique, soit de doubler la dose quotidienne (deux comprimés au lieu d’un) pendant quelques jours, le temps de passer une période difficile.

En cas d’orage, que faire ?

Par temps orageux, la situation peut devenir périlleuse pour les asthmatiques car les pollens sont violemment dispersés et en quantité importante. Le Dr Pham-Thi appelle à la plus grande prudence : « si vos bronches sont sensibles, ayez votre bronchodilatateur sur vous. C’est un réflexe qui peut vous sauver la vie ! Un antihistaminique ne va pas forcément suffire à vous protéger ».

La désensibilisation aux allergies limite le risque d’asthme

C’est le seul traitement qui agit sur la cause de l’allergie. Il consiste à habituer progressivement le système immunitaire à tolérer un allergène, par exemple des pollens ou des moisissures. Il est efficace sur les symptômes, mais il a aussi un effet préventif.

Pour quelles allergies ?

Cette désensibilisation, ou immunothérapie allergénique, est réservée aux cas les plus sévères, quand le traitement local ne suffit pas à améliorer les symptômes.

En général, c’est le patient qui en fait la demande, à partir du moment où il ne veut plus prendre de médicaments toute sa vie. Dre Bossé

En cas de rhume des foins, il est possible de se faire ‘désensibiliser’ aux pollens d’ambroisie, de graminées, d’arbres ou à la moisissure Alternaria, soit « la très grande majorité des allergies saisonnières », selon la Dre Bossé.

Comment ça se passe ?

Seul un médecin formé à l’allergologie peut prescrire une désensibilisation, car cette stratégie nécessite un diagnostic et une surveillance précis. Tout commence par des tests cutanés afin d’identifier le ou les allergènes auxquels le patient est le plus sensible. Les médicaments doivent être pris tous les jours. Pour les adultes et les enfants, on dispose de gouttes à garder deux minutes sous la langue avant de recracher le liquide ou de l’avaler. Les formes en comprimés sont réservées aux plus de 5 ans. Elles sont plus pratiques, mais ne couvrent que les allergies au bouleau, aux graminées et aux acariens.

Dans tous les cas, le traitement doit être poursuivi pendant toute la saison à risque. « Ensuite on arrête et on recommence l’année suivante, sur un minimum de trois saisons au maximum cinq », dit l’allergologue.

Quelle efficacité ?

« La protection varie selon les individus », répond Isabelle Bossé. Certains sont débarrassés de leur allergie à vie. D’autres rechutent des années après, ce qui les oblige à reprendre le processus. « Il y a aussi des non-répondeurs à la désensibilisation », admet l’allergologue. Il est vrai que l’immunothérapie est un traitement au long cours qui peut décourager certains.

Le traitement nécessite un véritable engagement du patient. Dr Pham-Thi

À quel âge se faire désensibiliser ?

« On peut commencer à tout âge, à l’âge adulte ou dans l’enfance », précise Isabelle Bossé. Mais les produits disponibles ne sont autorisés que pour les plus de 5 ans.

Est-ce remboursé ?

Ces traitements sont remboursés partiellement. « Pour les gouttes sublinguales, il faut compter de 600 à 1 200 € pour une saison », indique l’allergologue. La Sécurité sociale prend en charge 30 % de cette somme, le reste étant couvert par certaines mutuelles. Les comprimés représentent un investissement de 70 € par mois et ne sont remboursés qu’à hauteur de 15 %.

Bientôt un vaccin contre l’asthme allergique ?

Sur les 4 millions d’asthmatiques en France, la moitié souffre d’une inflammation des bronches d’origine allergique. Les traitements actuels font appel aux corticoïdes inhalés et, dans les cas plus sévères, aux anticorps monoclonaux administrés en injections. Mais tout pourrait changer dans les années qui viennent. Une équipe de l’Inserm a obtenu des résultats prometteurs chez l’animal avec un vaccin capable de neutraliser deux protéines à l’origine de la réaction allergique. Ces scientifiques s’apprêtent à lancer des essais chez l’homme (Allergy, février 2023).

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