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La saison de la minceur bat son plein à l’approche de l’été : de nombreuses personnes s’emploient à sculpter leur Summer body ou à élargir leur thigh gap, souvent érigés en idéaux absolus de beauté. De fait, nous sommes nombreux(ses) à vouloir perdre du poids pour des raisons esthétiques. Mais il existe bien d’autres motivations raisonnables pour se délester de quelques kilos… Éclairages de Karen Demange, psychologue clinicienne & du Dr Nina Cohen-Koubi, médecin nutritionniste et psychosomaticienne.

Perdre du poids pour préserver sa santé

La première raison de perdre du poids est certainement la plus importante : protéger sa santé globale. L’excès de poids (le surpoids, l’obésité et l’obésité abdominale notamment) peut en effet être associé à de nombreux risques pour la santé : il est souvent associé à un risque accru de développer certaines maladies cardiaques, un diabète de type 2, une hypertriglycéridémie, la maladie de NASH (stéatose hépatique non-alcoolique), une hypertension artérielle, une apnée du sommeil, des problèmes articulaires et certains types de cancer, souligne le Dr Cohen-Koubi.

Perdre du poids peut donc avoir plusieurs effets bénéfiques d’un point de vue physiologique :

  • En diminuant la quantité de graisse et de cholestérol dans le corps, on améliore sa fonction cardiaque, on réduit sa pression artérielle et on diminue le risque de maladies cardiovasculaires.
  • Perdre du poids aide àréguler sa glycémie et à améliorer sa sensibilité à l’insuline. Deux aspects particulièrement importants pour les personnes atteintes de diabète de type 2 : en contrôlant mieux leur glycémie, elles réduisent leur dépendance aux médicaments.
  • Comme indiqué ci-dessus, l’excès de poids peut entraîner une diminution de la capacité pulmonaire et des difficultés respiratoires. En perdant du poids, on peut donc améliorer sa fonction respiratoire, ce qui facilite l’oxygénation du corps.
  • Le surpoids et l’obésité sont aussi associés à un état inflammatoire chronique : en perdant du poids, il est donc possible de réduire cette inflammation, ce qui peut avoir des effets bénéfiques sur la santé globale et la prévention des maladies.
  • L’excès de poids exerce souvent une pression supplémentaire sur les articulations, ce qui peut entraîner des douleurs et une détérioration précoce de ces articulations. Perdre quelques kilos permet de soulager cette pression, de réduire les douleurs articulaires et d’améliorer la mobilité.
  • Enfin, la perte de poids contribue à améliorer la qualité du sommeil et à prévenir de potentiels troubles du sommeil.

À noter : ces bénéfices peuvent varier d’une personne à l’autre. Le plus important est d’adopter une approche saine et équilibrée de la perte de poids pour atteindre et maintenir un poids de forme. Ne négligez surtout pas l’aide d’un(e) professionnel(le) de santé qui pourra vous accompagner et vous prodiguer des conseils personnalisés !

Mincir pour se sentir mieux dans sa tête et dans son corps

« Perdre du poids peut avoir un impact significatif sur le bien-être mental et émotionnel d’une personne », affirme Karen Demange. Et ce pour plusieurs raisons…

Reprendre confiance en soi

Le surpoids et l’obésité induisent souvent une mauvaise estime de soi : le rejet et les moqueries grossophobes s’impriment parfois dans l’esprit des personnes concernées qui finissent par croire qu’elles sont uniquement définies par leur poids et qu’elles sont condamnées à être grosses, constate le Dr Cohen-Koubi.

Perdre du poids pour entrer à nouveau dans des vêtements qui nous plaisent ou pouvoir maximiser ses performances lors d’une compétition sportive peut avoir un impact plus positif qu’on ne le pense : en atteignant son objectif de perte de poidson reprend petit à petit confiance en soi et on se sent plus à l’aise avec son corps. Résultat ? Une meilleure estime de soi, un rapport plus apaisé à son corps et une plus grande facilité à lâcher prise face au regard des autres.

Soulager son stress et son anxiété

C’est bien connu, l’exercice physique, souvent associé à la perte de poids, libère des endorphines. Surnommées « hormones du bonheur », elles permettent de réduire le stress et d’améliorer l’humeur. Par ailleurs, la perte de poids va de pair avec une diminution du taux de cortisol, l’hormone du stress. Autant de facteurs qui impactent positivement notre humeur et peuvent réduire les symptômes associés au stress et à l’anxiété.

Retrouver de l’énergie et de la vitalité

Comme indiqué ci-dessus, la perte de poids permet de s’alléger au sens figuré, comme au sens propre : nos niveaux d’énergie et de vitalité grimpent en flèche. Pour cause ? Nous sommes plus efficaces dans nos mouvements, ce qui peut se traduire par une plus grande facilité à accomplir nos tâches quotidiennes et à rester actif(ve) tout au long de la journée. Une meilleure qualité de sommeil favorise aussi une meilleure récupération et une sensation de plus grande « fraîcheur » au réveil. Sans compter que la réduction – voire la disparition – des douleurs articulaires impacte souvent positivement notre humeur.

À noter : la perte de poids en elle-même ne résout évidemment pas tous les problèmes de santé mentale. Une approche globale comprenant le bien-être émotionnel, l’adoption d’habitudes de vie saines et le soutien social est essentielle.

Il faut dédramatiser l’image de soi. Le plus important c’est la santé physique et psychologique. On peut avoir un léger surpoids mais être en très bonne santé !, insiste le Dr Cohen-Koubi. 

Perdre du poids pour ne plus subir la discrimination ?

Aujourd’hui encore, le poids est malheureusement source de discrimination, relèvent nos deux expertes. Certaines personnes décident donc de perdre du poids pour éviter ou minimiser le rejet et les moqueries dans le cadre du travail, des relations sociales et même des soins de santé. Autrement dit, elles font le choix de se conformer aux normes de beauté et aux attentes sociales pour être plus tranquilles. 

Cette stratégie est tout à fait légitime, mais il est important de souligner qu’elle doit être motivée par des raisons personnelles de santé et de bien-être – plutôt que pour satisfaire le regard des autres. Rappelons que les discriminations basées sur le poids sont injustes : le problème n’est pas le poids des individus, mais bien la pression sociale exercée sur chacun d’entre nous pour paraître toujours plus athlétiques et dynamiques. 

Et Karen Demange d’insister : « Il n’y a pas de poids idéal pour une taille donnée. Et rien ne sert de vouloir se conformer à une norme de beauté, car celles-ci évoluent perpétuellement : il faut tantôt avoir des fesses développées et des hanches étroites, tantôt avoir des hanches larges et une poitrine développée, etc. La clé pour être en accord avec son corps – son poids ? Accepter le fait que nous ayons tous et toutes des morphologies différentes et incomparables entre elles ». 

Peut-on être gros et en bonne santé ?

Gare à l’obsession minceur !

Il est tout à fait légitime de vouloir perdre du poids, mais il faut bien s’interroger sur les raisons qui motivent cette démarche et établir un plan d’attaque avec des objectifs réalistes. Le cas échéant, il est facile de tomber dans l’obsession de la minceur et de développer une relation malsaine à l’alimentation… « Imposer des privations contre-productives à votre corps ne vous aidera pas à vous sentir mieux ! », insiste le Dr Cohen-Koubi. Et d’expliquer : « Les régimes restrictifs ou ciblés sur telle ou telle famille d’aliments sont à l’origine de frustrations et de compulsions alimentaires : on reprend du poids dès que l’on recommence à s’alimenter normalement, ce qui est totalement décourageant. Résultat ? Certain(e)s patient(e)s finissent par être totalement obsédé(e)s par leur alimentation : ils / elles comptent les calories, se sous-alimentent, limitent leurs sorties au restaurant ou chez des ami(e)s pour ne pas avoir à refuser de la nourriture, etc. On parle de troubles du comportement alimentaire (TCA) ».

Anorexie mentale, orthorexie, bigorexie… Les dérives possibles

Les troubles du comportement alimentaire sont une conséquence dramatique de l’obsession de la minceur. On distingue principalement :

  • L’anorexie mentale, un trouble caractérisé par une peur irraisonnée d’accumuler les kilos, une restriction alimentaire sévère, une image corporelle déformée et une préoccupation excessive à l’égard de son poids et de la forme de son corps. Elle induit potentiellement une dénutrition, une ostéoporose, des problèmes cardiaques et des troubles hormonaux.
  • L’orthorexie, qui désigne l’obsession de bien manger. Les personnes qui en souffrent peuvent être obsédées par le contrôle de la qualité, de l’origine et de la composition de leur alimentation, au point que cela interfère avec leur vie quotidienne et leur bien-être physique et mental.
  • Et la bigorexie, elle, est caractérisée par une obsession compulsive pour l’exercice physique et le développement musculaire. Autrement dit, le sport devient une sorte de prison : les personnes concernées peuvent passer des heures à s’entraîner au-delà de leurs limites physiques, ce qui peut être à l’origine de blessures, d’une fatigue extrême et de problèmes de santé mentale. 

Les troubles du comportement alimentaire ont toujours existé, souligne Karen Demange. En revanche certains troubles comme la bigorexie ou l’orthorexie ont pris une ampleur plus importante depuis l’avènement du bien-manger et de l’activité physique à outrance prônés sur les réseaux sociaux.

Comprenez : on commence par pratiquer le jeune intermittent en autonomie parce que des influenceuses en font la promotion sur Instagram, puis tout s’emballe rapidement, on voit une autre vidéo sur le régime cétogène, on mixe les recommandations et on finit par totalement dérégler son organisme, on s’obstine, on compte les calories pour s’affamer et perdre quelques grammes… L’engrenage s’enclenche rapidement !

Est-ce juste de dire que nous “mangeons” parfois nos émotions ?

De l’avis de nos expertes, non. « Selon moi nous ne mangeons pas nos émotions. Nous avons parfois du mal à y faire face, alors nous nous anesthésions le temps de la compulsion alimentaire, par exemple, pour oublier nos tracas et prendre du plaisir à un instant T », indique le Dr Cohen-Koubi.

Et Karen Demange de rappeler : « Nous sommes des êtres d’émotions. En consultation, le travail thérapeutique consiste à comprendre pourquoi le TCA s’est déclenché, pourquoi il se poursuit et pourquoi on n’en sort pas. Mais il consiste aussi parfois à comprendre que la réponse alimentaire à une émotion n’est pas forcément pathologique : on se réunit autour d’un festin pour célébrer un mariage, on offre des macarons à sa grand-mère après son hospitalisation, on propose un dîner à une amie qui a une peine de cœur… Et cela ne doit pas nous faire culpabiliser. »

Fatigue, douleurs, perte d’appétit… Les symptômes associés qui doivent alerter

Notre poids évolue tout au long de la journée et n’est jamais fixe. Il peut aussi varier selon les saisons et les événements de vie. C’est la raison pour laquelle les médecins ne s’inquiètent pas toujours d’une prise ou d’une perte de poids. On considère généralement qu’un amaigrissement est cliniquement significatif lorsqu’une personne perd plus de 5 % de son poids en moins de six mois ou plus de 10 % de son poids en moins d’un an. Les symptômes qui doivent alerter : une perte d’appétit, une fatigue intense, des douleurs abdominales, une fièvre et des sueurs nocturnes, une modification de la texture ou de la couleur des selles, une soif excessive et une envie fréquente d’aller aux toilettes, un essoufflement, etc.

Si vous constatez l’un ou plusieurs de ces symptômes, consultez rapidement un(e) médecin et un(e) professionnel(le) de santé mentale ! “Les TCA ne sont pas une fatalité, on peut s’en sortir ! Pour cela, il faut absolument se faire aider afin de rencontrer ses émotions, de stopper les régimes drastiques et de renouer une relation saine à la nourriture”, conclut le Dr Cohen-Koubi. 

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