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A woman swims in
DAMIEN MEYER / AFP A woman swims in “La conterie” public swimming pool in Chartres-de-Bretagne, suburbs of Rennes, western France on June 4, 2020, on the first day of its reopening after a months-long closure aimed at stemming the spread of the COVID-19 pandemic, caused by the novel coronavirus. (Photo by Damien MEYER / AFP)

DAMIEN MEYER / AFP

Photo d’illustration, une femme nageant dans une piscine publique près de Rennes, le 4 juin 2020.

Madame la ministre des Sports, monsieur le ministre de la Santé,

Je m’adresse volontairement à vous dans cette même lettre, tant le sport et la santé sont interconnectés. D’ailleurs, vous ne devriez former qu’un seul et même « Super Ministère Santé – Sport » à vous deux. Car au-delà du salaire des médecins, du budget des hôpitaux, du nombre de médailles françaises obtenues aux JO 2024, le problème qui vous attend est bien pire.

J’ai récemment été invitée au colloque Sport & Santé organisé conjointement par l’IFSBM et l’INSEP à l’université de médecine Paris Saclay. Un colloque où d’ailleurs, Mme la ministre des Sports – officiellement invitée – n’a pas pu assister. Bien dommage. Vous auriez peut-être enfin entendu le cri d’alarme des plus grands professionnels de la santé ET du sport face au tsunami de sédentarité qui balaye la France.

« Qui arrive à bouger 4h30 par semaine ? »

Aujourd’hui, selon l’ANSES seuls 5 % des Français font assez de sport pour leur santé. 5 % !  À peine 3 millions de personnes sur 67 millions. C’est-à-dire que 95 % d’entre eux n’arrivent pas à joindre les deux bouts de la prévention par le sport. Et avant de crier à la grande flemme généralisée, analysons les vraies raisons qui empêchent les Français d’être en forme.

Selon les experts de l’ANSES (et dans toutes les autres recommandations mondiales), pour ressentir les effets préventifs du sport, il est nécessaire de pratiquer 5 x 30 minutes de cardio par semaine. A quoi il faut aussi ajouter 2 à 3 séances de renforcement musculaire. Plus 2 à 3 séances d’étirements – toujours dans la même semaine. Soient 270 minutes de sport par semaine, 4h30 minimum. 4h30 d’activité physique auxquelles il faut ajouter le temps de se mettre en tenue, de se doucher, de récupérer un peu… On est donc plutôt sur du 7h par semaine à consacrer au sport, a minima. Pour commencer à ressentir les effets santé indispensables à notre condition d’êtres humains.

Qui ? Qui arrive à bouger 4h30 par semaine ? À la maison, dehors, en salle, en association, en entreprise, peu importe. Qui, vraiment ? Quel adulte actif, travaillant 35h-45h par semaine, avec des transports, une vie de famille, une vie amicale, devant dormir 8h par jour – arrive à pratiquer 4h30 de sport varié par semaine ?

Le temps, plus que la flemme

Sans compter la sédentarité des enfants. Et ne mettons pas toujours la faute sur les instituteurs qui ont déjà énormément de tâches d’éducation à faire passer dans leurs classes. Le sport associatif pour les enfants est de grande qualité, proposé par des professionnels pédagogues et passionnés. Mais comment emmener sa fille à la piscine à 17h45 le mardi soir, quand on travaille à 45 minutes de son domicile ? Ou son fils au judo le lundi et le jeudi soir à 18h et 18H15 à la salle municipale, quand on a 30 minutes de RER pour arriver à l’école ? Quitter son travail à 17h ? Pas simple. L’inscrire au sport le week-end ? C’est bien souvent le jour des matchs/compétitions des clubs auxquels les enfants ne peuvent pas participer s’ils ne s’entraînent pas en semaine. Soyons clairs : quand on est parent, actif, avec un job un peu éloigné de son domicile, c’est aujourd’hui impossible de faire assez de sport, que ce soit pour soi ou pour ses enfants.

Plus qu’une flemme générale, la vraie raison est le manque de temps, et surtout cette rupture entre l’école et le sport/l’entreprise en le sport. Récemment dans un sondage adressé à ma communauté, j’ai été effarée de lire les témoignages autour de la culture du sport dans les entreprises. Rarement des douches dans les locaux, des réunions à n’en plus finir autour de la pause déjeuner, et d’ailleurs pas ou peu de pauses déjeuner – notamment pour le personnel hospitalier toujours cordonnier le plus mal chaussé. Le matin, le midi, le soir : il est très souvent impossible de faire du sport quand on est salarié.

Les Français savent pertinemment que le sport est bon pour leur santé, tous le ressentent. Les messages sont passés. Mais l’immense majorité est aussi découragée face à ce manque de temps. Pourtant, madame et monsieur les ministres : c’est une priorité absolue ! La sédentarité aujourd’hui tue plus que le tabac en France. Les maladies chroniques liées au manque de mouvement sont une bombe à retardement, que vous ne pourrez pas traiter dans 10-15 ans. Le diabète de type 2, Alzheimer, les maladies cardio vasculaires, les dépressions, l’augmentation de certains cancers pour ne citer qu’eux.

À quand le sport santé en top priorité ?

Il est temps de mettre le sport pour tous au cœur de vos top priorités. Le sport santé, le sport régulier, le sport facile qui se pratique au quotidien. Alors que l’arrivée des JO à Paris semblait être un tremplin pour favoriser le sport pour tous en France, on est loin du compte.

Changeons enfin la culture du sport en France. Tout le monde doit en faire. Les jeunes, les vieux, les enfants, les actifs, les chômeurs, les ministres, les forts en sport et les moins forts en sport. Tout le monde. Le sport avant de bosser, le sport à la pause déjeuner, le sport après l’école, le sport le soir entre le boulot et les enfants, le sport le week-end et le sport la semaine. 365 jours par an. Le sport comme mode de vie !

Comment ? Avec d’abord l’intégration du sport associatif dans les écoles et les études supérieures. Comme en Irlande ou en Angleterre où les enfants / étudiants ont moins d’horaires de cours la journée, pour faire du sport après 14h. Et moins de vacances scolaires pour boucler les programmes d’apprentissage. Au travail, également, puisque c’est là que les adultes passent la plupart de leur temps. Et s’il faut mettre des obligations plus fortes, alors allons-y ! Des systèmes de « bonus » pour les entreprises dont les salariés font bien ces 4h30 de sport par semaine ? Pourquoi pas ! Les mutuelles sont prêtes, elles remboursent déjà certaines inscriptions sportives.

Il va falloir obliger à faire du sport. Comme vous avez très bien réussi à obliger toutes les fédérations sportives à présenter 50 % d’athlètes femmes et 50 % d’athlètes hommes aux JO 2024. Vous avez d’autres idées ? Tant mieux : essayons-les, essayons-les toutes, car il faudra sacrément bien se creuser la tête pour trouver des solutions. Vous avez, madame et monsieur les ministres, l’obligation de mettre 66 millions de personnes en forme.

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