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Si le mot « couvade » n’est pas en réalité un terme médical, et que certains spécialistes n’en reconnaissent pas l’existence, les manifestations liées à ce phénomène mystérieux toucheraient de nombreux futurs papas. Comment reconnaître une couvade paternelle, et comment l’expliquer ?

Qu’est-ce que le syndrome de la couvade chez l’homme ?

Selon Roberte Laporal, formatrice spécialiste de l’accompagnement périnatal et parental et auteure de l’ouvrage « La couvade ou le père bouleversé », le terme « couvade » désignerait « une coutume, d’abord observée dans le Pays basque médiéval, où un futur père, peu avant l’accouchement de sa femme, se met au lit, imite la grossesse et se plaint des douleurs de l’enfantement, tandis qu’on lui accorde le traitement des femmes en travail ».

Le Larousse ou encore le Littré en donnent des définitions sensiblement similaires. « Le terme a été décrit la première fois par C. de Rochefort, un observateur français des populations indigènes caraïbes des Antilles, auprès desquelles il a observé un ensemble de rites pré et post-enfantement », note Roberte Laporal.

Au-delà des sourires que cette situation peut susciter, on fait en effet référence à un rite existant dans certaines civilisations. Chez les Indiens d’Amérique, l’homme mimait la grossesse et l’accouchement en accomplissant des gestes précis et des douleurs. En Guyane française, certaines traditions voulaient que l’homme soit obligé de rester au lit, isolé pendant six semaines après l’accouchement. Ensuite, les membres de la famille lui faisaient quelques entailles sur la peau et lui frottaient des piments. Autant de manières de partager l’expérience et la souffrance de la femme enceinte.

Et aujourd’hui, ça veut dire quoi ?

Aujourd’hui, on associe dans les pays occidentaux le syndrome de la couvade à des troubles d’ordre psychique qui se manifestent de manière psychosomatique pendant toute la grossesse. Cela n’est rien d’alarmant : l’organisme du futur papa réagit simplement à l’annonce de l’arrivée du bébé. Une modification hormonale s’effectue alors et des manifestations de la grossesse apparaissent.

Comment savoir si un homme fait une couvade ?

Vous connaissez très bien ces petits maux et manifestations de la grossesse, qui s’arrêtent le jour de l’heureux événement, lorsque bébé pointe le bout de son nez… Ils poursuivent certaines femmes tout au long des neuf mois. Un papa peut également les expérimenter, dans certains cas. Les études réalisées au sujet de la couvade démontrent que les symptômes apparaissent davantage chez les primipères (dont c’est le premier enfant).

Des symptômes divers

Plusieurs manifestations permettent de reconnaître une couvade chez l’homme :

  • Une augmentation de la progestérone et des œstrogènes (hormones féminines) au détriment de la testostérone (hormone mâle). « On peut alors observer une baisse de testostérone au premier trimestre et de cortisol pour préparer le futur papa à aller vers la douceur et à être moins stressé », indique Roberte Laporal ;
  • Des nausées ;
  • Des douleurs digestives ;
  • Des douleurs lombaires ;
  • Des troubles de l’humeur ;
  • Des envies alimentaires ;
  • De la fatigue ;
  • Parfois, mais cela reste rare, l’apparition de la prolactine (hormone de la lactation)…

Comment expliquer la prise de poids d’un homme pendant la grossesse ?

C’est justement à cause de cette sécrétion d’ocytocine, l’hormone normalement produite par l’hypophyse chez les femmes enceintes, que certains futurs pères prennent du poids. Cependant, une vaste étude britannique publiée en 2017 prend le contrepied de cette théorie, et démontre que l’arrivée d’un enfant n’entraînerait pas de prise de poids chez la gent masculine. Cela serait plutôt après l’accouchement que les hommes prennent du poids, de façon constante durant les trois premières années de l’enfant, notamment à cause du nombre croissant d’hommes qui s’impliquent de plus en plus dans leur rôle de père, restent à la maison, s’occupent de bébé…

Faire une couvade : quelle signification pour le papa ?

Le syndrome de la couvade possède en réalité une signification bien profonde. Elle permet au père d’extérioriser ses sentiments.

L’expression d’une angoisse

Pour certains futurs papas, la paternité est une évolution à la fois individuelle, personnelle et singulière. C’est un changement d’identité, une nouvelle filiation. Partagé entre la joie d’être père et la peur de cette responsabilité, il angoisse. Difficile pour un homme de verbaliser, d’exprimer ses doutes, donc il se réfugie dans la couvade. Son corps extériorise ses plus profonds sentiments.

Le manque d’attention

Lors d’une grossesse, les yeux sont généralement rivés vers la compagne et son ventre. La couvade est, en quelque sorte, un moyen d’attirer l’attention. Le futur papa a besoin d’être revalorisé, de trouver sa place au sein de cette maternité. Quelque part, il aimerait lui aussi connaître cette sensation de porter un enfant sans que cela soit possible. Il montre donc son vécu par le mimétisme.

Un épanouissement du rôle paternel

La couvade peut également exprimer une certaine fierté à devenir père. Lui aussi est en train de vivre l’histoire de cette grossesse. Et pour mieux accueillir le bébé et cette paternité, il montre son implication dans cette grossesse en manifestant les petits maux de la femme enceinte.

Quand s’arrête le syndrome de la couvade et comment l’éviter ?

Les signes de la couvade « peuvent se manifester tout au long de la grossesse de leur compagne avec généralement des pics au premier et/ou dernier trimestre », indique Roberte Laporal. Ils disparaissent généralement après l’accouchement, lorsque bébé est né.

Il est difficile d’anticiper le syndrome de la couvade chez un homme. Même si ce phénomène n’a rien de d’alarmant, et qu’il peut simplement traduire une grande empathie ou une grande implication auprès de sa compagne, ou il peut également être l’expression d’un mal-être, du besoin d’être plus impliqué dans la grossesse…

Dans ce cas, rien de mieux que de le laisser s’impliquer autant que possible, et tant que cela vous convient ! Si ce n’est pas déjà le cas, invitez-le aux rendez-vous médicaux, aux échographies, aux cours de préparation à l’accouchement, à préparer la chambre de bébé, à trouver le mode de garde… Il est aussi possible de participer à un groupe de parole destiné aux futurs papas. Renseignez-vous auprès de votre maternité, car de plus en plus en proposent.

Témoignages de papas : j’ai vécu une couvade

Découvrez les témoignages de plusieurs hommes qui nous ont confié leur expérience de couvade.

Stéphane, papa de Léa (2 ans) et de Marion (6 mois)

« Pour la première grossesse vécue avec ma femme, il s’agissait d’un accident. Nous ne projetions pas d’avoir un enfant tout de suite, alors je me suis senti pris au piège. Cela explique certainement que j’ai ressenti tout au long de la grossesse une immense fatigue et pris pas moins de six kilos en tout ! Pour notre deuxième enfant, cette fois j’étais prêt, et pourtant, les trois derniers mois, j’ai été pris de nausées et de diarrhées chroniques ».

Daniel, papa de Léo (3 mois)

« Au moment de l’annonce de la grossesse, j’ai commencé à souffrir de douleurs dorsales accompagnées de troubles digestifs. J’ai été quasiment alité pendant deux semaines. Pendant cette période, j’ai déclaré à ma copine que j’étais frustré de ne pas connaître les sensations de porter un enfant. À partir du moment où j’en ai parlé, les symptômes se sont tus ».

Alain, papa de Manon (6 mois)

« Alors moi, la grossesse, ça a été du n’importe quoi. J’arrivais à manger des framboises, des bananes, du guacamole avec des chips, avant de me faire une tartine de pâte à tartiner… J’avais tout simplement des envies incompréhensibles et impossibles à réfréner ! ».

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