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Un glomérule, c’est quoi ?

Nos deux reins ont une fonction vitale : filtrer et épurer les déchets produits par notre organisme. Chacun comporte entre 800 000 et 1 million de néphrons, de microscopiques unités de filtration. À leur extrémité, se trouve un glomérule « une structure très élaborée qui fait office de tamis », explique la Pr Fatouma Touré, cheffe du service de néphrologie au CHU de Limoges et secrétaire-générale de la Société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation. 

Ce glomérule est très fragile. « Nous en avons un stock bien défini qui ne peut pas se régénérer », souligne-t-elle. 

La glomérulonéphrite : une réaction inflammatoire

La glomérulonéphrite est due à une réaction inflammatoire et immunologique au sein de ces glomérules. Plusieurs causes sont possibles :

– Des anticorps, qui en principe devraient être éliminés par le rein, s’accumulent de manière anormale dans le glomérule et déclenchent le processus inflammatoire (maladie de Berger, glomérulonéphrite extra-membraneuse…).

– Des auto-anticorps s’attaquent aux glomérules eux-mêmes. 

– Des cytokines, des molécules inflammatoires, produites anormalement en excès, agissent sur les cellules qui composent le glomérule et en modifient le fonctionnement. 

Plusieurs formes de glomérulonéphrite

Le processus qui mène à la glomérulonéphrite n’est pas toujours expliqué et la maladie peut se manifester sous différentes formes.

– Il arrive que la glomérulonéphrite se déclenche de manière spontantée, sans qu’on sache pourquoi.

– La maladie peut aussi apparaître après une infection mal soignée, en particulier une angine bactérienne. « Les anticorps initialement dirigés contre le streptocoque A, responsable de l’angine, attaquent le glomérule. Heureusement, ce type de glomérulonéphrite post-infectieuse est de plus en plus rare car les angines bactériennes sont de mieux en mieux prises en charge », observe la néphrologue.

– Plus fréquemment, la glomérulonéphrite est parfois associée à une maladie auto-immune (les propres anticorps du patient se retournent contre son organisme), par exemple le lupus. « Dans ce cas, l’atteinte du rein est un signe de gravité. Il faut agir vite pour enrayer l’inflammation », insiste-t-elle.

Une glomérulonéphrite, est-ce grave ?

La réponse du Pr Touré est claire : « les glomérulonéphrites sont des affections graves ». L’atteinte du glomérule, si elle n’est pas soignée à temps, peut mener à l’insuffisance rénale chronique. Au stade terminal, il n’existe que deux solutions : la dialyse ou la greffe de rein. De fait, « les glomérulonéphrites représentent 20 % des 11 000 patients admis chaque année en dialyse ou greffés du rein », précise-t-elle.

Qui est à risque de glomérulonéphrite ?

La maladie peut toucher des personnes qui, a priori, n’ont pas de problèmes rénaux. Mais les patients atteints de maladies auto-immunes (lupus, vascularites…) ou de polyarthrite rhumatoïde et autres rhumatismes inflammatoires, ont un risque supplémentaire. Chez eux, une surveillance de la fonction rénale est préconisée au moins une fois par an par des analyses d’urine et de sang et une surveillance de la tension artérielle.

Quels sont les symptômes de la glomérulonéphrite ?

La maladie évolue sans symptômes douloureux. Néanmoins, plusieurs signes peuvent donner l’alerte :

– Une hypertension artérielle : le rein ne travaillant plus normalement, il n’assure plus l’équilibre entre l’eau et le sel dans l’organisme, ce qui fait grimper la tension artérielle.

– Des oedèmes, c’est-à-dire un gonflement au niveau des chevilles, dus à la rétention d’eau.

– Une coloration anormale des urines : « La couleur va de rosée à très foncée. Dans les glomérulonéphrites post-infectieuses, l’urine peut même prendre la couleur du Coca-cola », observe la Pr Touré. Cette coloration s’explique par la présence de sang dans l’urine. 

– Des urines mousseuses liée à l’accumulation anormale d’albumine, une protéine du sang.

Comment diagnostiquer une glomérulonéphrite ?

Tout commence par des analyses de sang et d’urines.

« La bandelette urinaire va révéler des anomalies comme la présence d’albumine et de globules rouges. Leur présence anormale dans l’urine est le signe que le glomérule est touché », explique la néphrologue.

– Le dosage sanguin de la créatinine permet d’évaluer la fonction rénale : « Une élévation de la créatinine montre que le rein ne fait plus correctement son travail de filtration. »

– Une ponction biopsie rénale : cet examen permet de poser le diagnostic définitif. Il est réalisé à l’hôpital, sous anesthésie locale. Le médecin va prélever un fragment de rein grâce à une aiguille guidée sous échographie. « L’analyse de ce prélèvement permet de savoir quel est le type de glomérulonéphrite sous-jacente et quel est son pronostic », constate la Pr Touré.

Comment soigner une glomérulonéphrite ?

Plusieurs types de traitements peuvent être proposés en cas de glomérulonéphrite :

– Les médicaments immunosuppresseurs. « L’idée est de baisser l’immunité du patient pour éteindre l’inflammation », explique la néphrologue. Parmi ces traitements, le plus classique est la cortisone. Dans certains cas, on fait appel au cyclophosphamide en perfusion.

Ces immunosuppresseurs utilisés à fortes doses ont des effets secondaires. En diminuant l’immunité, on augmente le risque d’infections virales ou bactériennes. C’est pourquoi la vaccination, notamment pour se protéger de la grippe, des infections à pneumocoque et du coronavirus (Sars-Cov-2), est fortement recommandée aux patients concernés. 

– Autres traitements possibles : les anticorps monoclonaux.« Ils ciblent spécifiquement des molécules en cause dans l’apparition de la glomérulonéphrite. Par exemple, certaines protéines impliquées dans l’apparition des auto-anticorps au cours du lupus peuvent être maintenant spécifiquement bloquées », explique Fatouma Touré. 

Ces traitements sont efficaces, à condition que la glomérulonéphrite ait été diagnostiquée suffisamment tôt, c’est-à-dire avant que la fibrose du rein n’affecte définitivement ses fonctions de filtration. 

Peut-on prévenir la glomérulonéphrite ?

Il n’existe pas de mesures spécifiques de prévention. Néanmoins chacun peut protéger ses reins au jour le jour avec des règles simples d’hygiène de vie. Les conseils de la Pr Touré :

– Faire 30 minutes de marche par jour,

– Limiter les apports en sel dans son alimentation,

– Limiter les apports trop importants en protéines d’origine animale (viande rouge),

– Traiter d’éventuelles infections urinaires pour éviter qu’elles ne s’aggravent,

– Eviter les médicaments anti-inflammatoires non-stéroïdiens, toxiques pour le rein. 

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