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Le frein de langue court, souvent diagnostiqué chez les nourrissons, peut affecter l’alimentation et nécessiter une frénotomie (ou freinectomie), malgré le débat sur le surdiagnostic. On fait le point.

Qu’est-ce que le frein de langue (ankyloglossie) chez le nourrisson ?

Le frein de langue ou filet lingual est une petite corde ou une petite membrane qui relie la face inférieure de la langue au plancher de la bouche.

Lorsqu’il est trop court et gêne la mobilité de la langue – on parle alors d’ankyloglossie – il est parfois indiqué de sectionner ce frein (frénotomie ou freinectomie). Cette anomalie congénitale bénigne toucherait environ 5 % de la population, avec une prédominance chez les garçons.

En général, celle-ci a très peu d’incidence. D’ailleurs, la plupart des nourrissons ayant une ankyloglossie sont asymptomatiques et n’ont pas de difficultés pour se nourrir. Le diagnostic est toutefois souvent évoqué chez les nouveau-nés qui ont des difficultés d’allaitement.

Filet sous la langue chez bébé : quels sont les risques ?

En revanche, il arrive dans certains cas qu’elle gêne l’alimentation du bébé et que plus tard, cas encore plus rare, elle génère des difficultés de phonation, confie le Pr Nicolas Leboulanger, ORL et chirurgien cervico-facial pédiatrique, membre de la SFORL.

Un frein de langue trop court pourrait également engendrer des problèmes orthodontiques tels que :

  • Constriction maxillaire ;
  • Palais étroit ;
  • Malposition des dents ;
  • Etc.

Comment savoir si bébé a un frein de langue trop court ?

Dans la plupart des cas, un frein de langue trop court a peu d’incidence. Mais, il arrive que celui-ci gêne l’alimentation, particulièrement l’alimentation au sein.

Frein restrictif et allaitement

Selon la Leche League (source 1) un frein de langue trop court peut engendrer :

  • Une succion inadéquate et inefficace ;
  • Une prise de poids plus lente ;
  • Un comportement d’insatisfaction du bébé (tétées interminables, fréquentes) ;
  • Des problèmes de digestion ;
  • Des soucis de phonation.

Il causerait également des douleurs du mamelon chez la maman ainsi que des crevasses.

Qu’est-ce que l’opération du frein de langue chez bébé ?

Depuis une vingtaine d’années, la chirurgie du frein de la langue est devenue une solution courante en France pour les mères qui souffrent en allaitant. À tel point que de nombreux médecins s’alarment aujourd’hui d’un surdiagnostic et d’une prise en charge excessive.

En quoi consiste la frénotomie ?

Lorsqu’un frein lingual empêche une mobilité normale de la langue, il est indiqué de l’inciser (frénotomie) ou bien d’en faire l’ablation (freinectomie).

Dans un cas de figure précis – nouveau-né, frein très fin et translucide – un geste de section est possible en consultation, précise le Pr Boulanger.

« La zone à libérer n’étant pas innervée et donc le geste indolore. En cas de frein plus épais, l’intervention doit être réalisée sous anesthésie générale ce qui doit faire peser son indication de manière rigoureuse ».

Réalisée en ambulatoire, une freinectomie dure quelques minutes et n’est pas douloureuse après l’opération. « On incise le frein de la langue puis on réalise quelques points de suture résorbables », confie le spécialiste. « Quand l’indication est bien posée, l’amélioration est très rapide : le nourrisson a moins de difficultés à s’alimenter et prend bien du poids ». Et de conclure : « Il est cependant exceptionnel que ce geste doive être réalisé chez le nourrisson après la période postnatale car les troubles d’alimentation sont manifestes dès la naissance et on est encore bien avant l’âge de la parole ».

Vers un surdiagnostic et une explosion de la freinectomie linguale ?

Alors que le nombre d’interventions chirurgicales visant à sectionner le frein de la langue monte en flèche dans le monde entier, la Pre Donna Geddes, directrice du Hartmann Human Lactation Research Group de l’université d’Australie occidentale (UWA), assure que sectionner le frein de la langue n’aide pas forcément les nourrissons à s’alimenter au sein. « La littérature plus ancienne suggère que le sectionnement chirurgical, la frénotomie, est une solution simple aux problèmes d’allaitement. Dès que l’on vous parle de simplicité, fuyez ! Rien n’est simple », avertissait cette dernière lors du 13e Symposium international sur l’allaitement maternel et la lactation, à Paris en 2018.

Des propos auxquels font écho ceux du Pr Nicolas Leboulanger :

Le sein est plus dur à prendre que le biberon confie celui-ci. Un frein de langue trop court n’est, la plupart du temps, pas la seule explication. Plusieurs autres facteurs comme un mauvais positionnement du bébé, la forme du mamelon (plat ou rétracté), une faible production de lait de la mère peuvent également rendre difficile la tétée. Pr Leboulanger

« Comme nous pouvons désormais diagnostiquer la brièveté du frein de la langue, personne ne s’en prive et le taux de frénotomies (ou freinectomies) explose », affirme la Pre Donna Geddes. « Preuve en est : une étude chez des nourrissons hospitalisés aux États-Unis a mis en évidence que le nombre de diagnostics de freins de langue avait été multiplié par 4 entre 2003 et 2012 et celui des frénotomies par 5 » (source 2).

Une position partagée en France par l’Académie de médecine qui a mis en garde en avril 2022 contre cette augmentation spectaculaire en France et dans le monde de la frénotomie linguale, « un geste invasif à risque d’effets secondaires […] potentiellement dangereux pour les nouveau-nés ou les nourrissons » (source 3).

Accompagner l’allaitement maternel avant d’envisager la chirurgie

Une prise en charge excessive d’autant plus inquiétante que les taux d’allaitement ne progressent pas proportionnellement au nombre d’interventions chirurgicales. « C’est exactement le contraire, en fait. Les plus récentes études de l’UWA avec un suivi de quatre mois montrent que de nombreuses mères de bébés ayant subi une frénotomie ont en réalité cessé d’allaiter plus tôt que prévu », confirme la Pre Donna Geddes. En effet, au lieu d’améliorer le taux d’allaitement, les frénotomies pourraient a contrario provoquer un sevrage précoce. Une nouvelle étude australienne révèle d’ailleurs que la cause principale des troubles de l’allaitement serait moins la brièveté du frein de la langue que la faible production de lait de la mère.

Avant d’évoquer une frénotomie, un accompagnement à l’allaitement maternel peut être proposé par des professionnels de la périnatalité afin d’aider à trouver la meilleure position pour faciliter la mise au sein, d’expliquer la lactation, etc. « Les difficultés d’allaitement sont souvent multifactorielles et complexes, elles requièrent donc écoute, observation et analyse ce qui est évidemment chronophage », rappelle la pédiatre Gisèle Gremmo-Féger qui dénonce dans un article « une situation à la fois confuse et préoccupante où de plus en plus de bébés allaités et leurs parents sont devenus les victimes d’une épidémie de ‘freins buccaux restrictifs’ » (source 4).

Alors, quand est-il recommandé de « couper » le frein de langue de bébé ?

Deux situations peuvent indiquer une frénotomie : « un nouveau-né qui présente des difficultés à s’alimenter et un enfant à partir de 5 à 6 ans qui a des troubles de l’élocution », affirme le Pr Nicolas Leboulanger. « Dans ces deux cas, il est conseillé de pratiquer une frénotomie ».

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