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Protesters hold a banner reading
LOIC VENANCE / AFP Protesters hold a banner reading “who sows misery reaps anger” during a demonstration on a 8th day of strikes and protests across the country against the government’s proposed pensions overhaul in Nantes on March 15, 2023. – France faces another day of strikes over highly contested pension reforms which President appears on the verge of pushing through despite months of protests. As the legislation enters the final stretch in parliament, trade unions are set to make another attempt to pressure the government and lawmakers into rejecting the proposed hike in the retirement age to 64. (Photo by LOIC VENANCE / AFP)

LOIC VENANCE / AFP

Certains opposants à la réforme envoient des lettres au gouvernement afin d’extérioriser leur colère.

RÉFORME DES RETRAITES – « C’est difficile de résumer en quelques mots la violence de mes sentiments, ma douleur face aux injustices, aux inégalités sociales, aux mensonges des politiciens, aux éléments de langage, aux violences policières », avoue Michelle*, originaire de Pau, au sujet des récentes manifestations. Son ressenti ? « Je me sens brutalisée et accablée. J’ai l’impression que l’esprit politique actuel va nous écraser. »

Comme Michelle, ils sont nombreux à éprouver un ras-le-bol, exacerbé par le recours au 49.3, le 15 mars dernier. Selon un sondage BVA pour RTL du 28 mars, la colère est ainsi le sentiment qui domine désormais chez les Français, devant l’inquiétude. Pour expliquer cette grogne sociale, l’expert en sciences de la communication Romain Huët parle de « l’accumulation des fatigues ou des sentiments de mépris », dans un entretien avec Le HuffPost.

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Dans la rue, par des lettres au gouvernement ou par l’art et la fiction… Le HuffPost s’est demandé de quelle manière les opposants à la réforme des retraites exprimaient cette colère.

Retour dans la rue

Frédérique, une cadre âgée de 56 ans, se dit « en colère et désespérée » face aux « propos du président et des divers représentants du gouvernement qui convergent vers un déni de démocratie, un mépris de classe sous de faux airs de compassion et une prétendue écoute ». Jusqu’à la réforme des retraites, elle n’avait jamais manifesté de sa vie, « bien que n’étant pas d’accord avec bon nombre de décisions prises par les précédents gouvernements », précise-t-elle.

Mais cette réforme l’a convaincue de se joindre aux protestations, depuis le mois de janvier, dans une petite ville de province, « car les rassemblements à Paris font peur ». « Ma participation à plusieurs manifestations est l’une des traductions de cette colère, tout comme les messages que j’envoie au ministre de l’Intérieur, à Prisca Thévenot [députée Renaissance de la 8ᵉ circonscription des Hauts-de-Seine, NDLR], sans réponse bien évidemment », énumère-t-elle.

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Le contexte actuel a aussi poussé Chloé, 52 ans, originaire du petit village de Belmesnil en Seine-Maritime, à retourner dans la rue. Celle qui était habituée des manifestations des années 80 n’y voyait plus grand intérêt, « dans la mesure où les dirigeants restaient en général sourds aux revendications ». Mais sa colère était telle, qu’elle a « de nouveau manifesté dès le début, en janvier », ne ratant que deux rassemblements.

Ce qu’elle reproche au gouvernement ? « Les mensonges, la condescendance, le mépris, la surdité, la manière dont ils justifient leur choix et pour finir le 49.3. La colère contre la forme a même pris le pas sur la colère contre le fond », admet-elle.

« J’écris pour mettre des mots sur ce que je ressens »

Cette colère a même un impact sur sa santé mentale et physique. « Dès que je sens que ça ne va pas, je prends des choses pour dormir. Mon stress et mes angoisses sont exacerbés, j’ai pris du poids, ma consommation d’alcool et de tabac a augmenté, » liste-t-elle. « Je ne me sens tellement pas entendue… Quand je suis à bout je vais dans mon jardin et je me replie sur moi-même. Jusqu’à l’info suivante qui me fait de nouveau sortir de mes gonds. Et en ce moment, hélas, c’est le cas tous les jours. »

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La solution pour extérioriser ? Chloé multiplie les lettres à « M. Macron, à la Première ministre, à des ministres, des députés, à la presse… » Elle signe également « beaucoup plus de pétitions ». Avant d’écrire, « je passe des heures à trouver des arguments scientifiques, vérifiés, réels… Cela me permet aussi de comprendre certains problèmes. »

Le but d’une telle démarche ? « Que les dirigeants se posent les bonnes questions », espère celle qui vend des livres de collection en tant qu’indépendante. Mais elle admet avoir perdu espoir : « Je leur envoie, ça ne me coûte rien. Mais je ne serai pas vraiment lue et encore moins écoutée. C’est plutôt un exutoire assez efficace pour évacuer la colère. J’écris pour mettre des mots sur ce que je ressens. »

Extérioriser par l’art et la fiction

L’art est également un moyen pour certains opposants d’extérioriser leur colère. « Les répressions et la violence me donnent de l’inspiration pour mon roman. L’écriture m’aide à mettre de la distance avec ma colère et à prendre recul sur ce qu’il se passe », nous glisse Hugo, un jeune homme de 24 ans qui travaille en tant que consultant en stratégie carbone.

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« Dans ce livre, je raconte la révolte d’une jeunesse désœuvrée et écoutée de personne. C’est ce que je ressens, ce que j’observe », détaille celui qui éprouve un sentiment de ras-le-bol face à la situation actuelle : « Le passage en force du gouvernement, les mensonges répétés, la rhétorique infantilisante et le mépris des institutions ont réveillé une grande colère en moi. »

La situation a également une incidence sur la santé mentale de Michelle. Mais la sexagénaire extériorise ses sentiments par la création artistique, à travers des dessins, du collage et des sculptures, qu’elle partage sur son compte Instagram, @ji.artivist.

« Je lis beaucoup de presse. Après quoi, je me sens accablée, j’ai envie de pleurer si je m’arrête sur mes pensées. Ce travail m’oblige à recentrer ma pensée et à ne pas m’éparpiller », justifie-t-elle, avant de continuer : « Quand je fais des expositions, il y a des gens qui sortent en larmes. D’autres me remercient dans les manifestations. Ce partage d’émotions est très curatif pour moi. » De toute façon, elle n’a « pas le choix » : « Je sais très bien que je suis sur un fil rouge. Sans ça, je serais en dépression. »

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*Ce prénom a été modifié

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