Spread the love


De nombreux surfeurs se lancent chaque jour à l’assaut des vagues en recherche d’adrénaline. Mais cette passion peut avoir des conséquences insoupçonnées sur leur santé. L’une d’elles, souvent méconnue mais non moins préoccupante porte bien son nom : l’exostose de l’oreille, surnommé l’oreille du surfeur. De quoi s’agit-il exactement ? Explications du Dr Vincent Vergnolles, médecin ORL à Bayonne.

Définition : qu’est-ce que l’exostose de l’oreille ?

L’exostose de l’oreille – ou oreille du surfeur – est une maladie primaire de l’os de l’oreille. Concrètement, elle se caractérise par la formation de petites excroissances osseuses dans le conduit auditif externe. « Ces excroissances sont bénignes et se développent en réponse à une exposition prolongée à l’eau froide et à l’humidité – d’où l’association avec les surfeurs. Mais elles concernent en réalité de nombreux adeptes de sports nautiques qui évoluent en eaux froides (nageurs, plongeurs, voileux, kayakistes, etc.) », indique le Dr Vergnolles.

Au risque de vous surprendre, des millions de personnes ont probablement des exostoses sans le savoir car elles ne sont pas gênées au quotidien. En revanche, celles qui surfent régulièrement peuvent être incommodées à de nombreuses reprises au fil des années. « Les exostoses se développant progressivement, elles peuvent rétrécir le canal auditif à long terme et entraîner diverses complications », souligne le médecin ORL. Cerise sur le gâteau : elles se développent généralement dans les deux oreilles, même si l’une peut être plus affectée que l’autre.

Symptômes : comment se manifeste l’oreille du surfeur ?

Les premiers signes d’exostose de l’oreille peuvent passer inaperçus. Mais plus les excroissances osseuses se développent, plus il devient compliqué de passer à côté. « Les symptômes s’aggravent au fil du temps, souvent sur plusieurs années », confirme le Dr Vergnolles. Les premiers symptômes d’alerte :

  • La sensation de plénitude de l’oreille ou la sensation d’avoir les oreilles bouchées pendant plusieurs heures ou plusieurs jours. Pour cause ? La présence des excroissances osseuses complique l’évacuation naturelle de l’eau qui se retrouve piégée et s’accumule dans le conduit auditif. Elle favorise par ailleurs la formation de bouchons de cérumen
  • Le développement d’otites externes à répétition, des infections aiguës de la peau du conduit auditif externe liées à la stagnation de bactéries dans les oreilles.

Les symptômes qui doivent vraiment alerter sont la douleur et la sensation de baisse d’audition. Le rétrécissement du conduit auditif peut en effet altérer temporairement notre ouïe. Dr Vincent Vergnolles, médecin ORL. 

Certaines personnes peuvent parfois être en proie à des acouphènes (bourdonnements ou sifflements dans l’oreille), ajoute l’expert. 

Bon à savoir : les personnes présentant des exostoses marquées peuvent avoir du mal à utiliser des écouteurs, des aides auditives ou des bouchons d’oreille en raison de la forme irrégulière et du rétrécissement de leur conduit auditif.

Causes : d’où viennent ces excroissances du conduit auditif ?

Les exostoses surviennent naturellement chez certaines personnes exposées ou non à l’eau froide, mais elles ne s’avèrent pas forcément gênantes : seules les personnes qui s’exposent à l’eau froide risquent d’avoir des problèmes du fait de la croissance liées à cette exposition. « La pratique régulière de sports nautiques tels que le surf, la plongée, la natation ou la voile dans des eaux froides (15 degrés ou moins) est le principal facteur de risque », confirme le Dr Vergnolles. Et de poursuivre : « Les exostoses sont en réalité le fruit d’un mécanisme de défense. L’os de notre conduit auditif externe réagit à l’irritation thermique en faisant grossir ces petites excroissances pour protéger notre tympan ». La fréquence et la durée de l’exposition ont donc leur importance !

La « maladie du surfeur » ne touche pas seulement les surfeurs !

Vous l’aurez compris, la « maladie du surfeur » peut concerner tout le monde, mais gêne principalement les surfeurs, les nageurs, les plongeurs, les pêcheurs et les amateurs de sports nautiques (kayakistes, canoéistes, etc.). « Les personnes concernées par l’exostose le resteront toute leur vie et celles dont les oreilles sont régulièrement en contact avec de l’eau froide s’exposent à des complications et à des récidives post-opératoires en l’absence de mesures de protection », précise Dr Vincent Vergnolles. A contrario, certaines personnes peuvent passer toute leur vie dans l’eau froide et ne développeront jamais d’exostoses.

Diagnostic : comment savoir s’il s’agit bien d’une exostose de l’oreille ?

Le diagnostic d’une exostose de l’oreille est généralement établi par un médecin ORL (oto-rhino-laryngologiste) après une évaluation clinique. Le médecin commence systématiquement par vous interroger pour identifier vos symptômes avant d’effectuer un examen physique de l’oreille à l’aide d’un microscope. Il questionne également les antécédents familiaux, les loisirs et les habitudes de vie pour poser son diagnostic. Une imagerie médicale (tomodensitométrie) peut être nécessaire avant une intervention chirurgicale. Et une évaluation audiologique sera nécessaire pour déterminer le degré et le type de perte auditive associée à l’exostose avant d’opérer, souligne le médecin. 

Traitement : comment soigner / traiter une exostose de l’oreille ?

Le traitement de l’exostose de l’oreille varie en fonction de la gravité des symptômes et de l’impact de la condition sur la qualité de vie des patients. Au quotidien, il n’y a pas de surveillance particulière à mettre en place : “Le moment venu, les patients consultent d’eux-mêmes en fonction de la gêne”, assure le Dr Vergnolles. En cas d’infection de la peau du conduit auditif externe (otite externe) un traitement local antibiotique sera proposé. Et dans les cas les plsu invalidants, une intervention chirurgicale (canaloplastie) peut être nécessaire pour retirer les excroissances osseuses et élargir le conduit auditif.

Quelles sont les indications opératoires ?

La canaloplastie est une intervention mini-invasive réalisée en ambulatoire sous anesthésie générale. Son but ? Raboter les excroissances osseuses. Comme nous l’explique le Dr Vergnolles, elle peut être envisagée en cas : 

  • d’otites externes à répétition
  • d’exostoses oblitérantes obstruant complètement le canal auditif et empêchant l’examen du tympan ; 
  • ou de baisse d’audition persistant plusieurs jours de manière répétée, en rapport avec une obstruction par du cérumen ne pouvant plus s’évacuer ou de l’eau piégée au fond du conduit. 

Autant de symptômes qui surviennent généralement au bout de quelques années d’exposition à l’eau froide…

La canaloplastie permet d’élargir le conduit auditif et de le rendre à nouveau fonctionnel, mais elle ne guérit pas la maladie et ne prévient pas les récidives ! Dr Vincent Vergnolles. 

Certains patients sont opérés rapidement pour limiter l’inconfort et d’autres préfèrent repousser l’intervention autant que possible pour éviter d’être opérés plus d’une fois ou deux dans leur vie, précise le médecin.

Concernant les soins post-opératoires : il est généralement recommandé de ne pas immerger ses oreilles dans les trois à six semaines qui suivent l’intervention. Des visites de suivi sont nécessaires pour s’assurer que le conduit auditif cicatrice correctement et des analgésiques, voire des antibiotiques locaux peuvent être prescrits pour gérer la douleur et prévenir une éventuelle infection. « Les suites opératoires sont inconfortables mais sont rarement douloureuses. Les complications, elles, sont exceptionnelles », assure le Dr Vergnolles.

Quelles précautions prendre pour limiter les récidives quand on surfe ?

La prévention repose principalement sur la protection des oreilles :

  • Utilisez des bouchons d’oreille spécifiques ;
  • Préférez une cagoule qui recouvre entièrement votre tête ;
  • Évitez au maximum l’eau froide (quitte à ne pas surfer entre novembre et mai) ;

Et en cas de d’inconfort ou de douleurs, consultez un oto-rhino-laryngologiste (ORL) !   

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *