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Tout a commencé par une petite phrase lâchée le 27 avril dernier sur le plateau de l’émission Quelle époque (sur France 2). Le comédien et réalisateur Artus y explique que, pour mieux gérer ses angoisses au quotidien, il a fait le choix d’arrêter de boire et de fumer. Ce à quoi la journaliste Léa Salamé rétorque : « Ah, vous êtes devenu chiant. »

Probablement pensée comme une blague, cette petite phrase a immédiatement suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux – relançant du même coup le débat concernant la consommation d’alcool en France.

Une pression sociale qui nous pousse à boire de l’alcool

Car, « dans notre pays, l’alcool est un sujet sensible » estime le psychologue Émeric Lebreton. « Il existe une véritable pression sociale qui nous pousse à consommer des boissons alcoolisées lors des événements sociaux (repas de famille, dîners entre amis, apéro entre collègues…). Celui qui ne boit pas est souvent la cible de moqueries, de remarques méprisantes ou d’inquiétudes plus ou moins justifiées. »

Mais pour le psychologue, à l’origine de ces réactions parfois brutales (par exemple : « tu ne bois pas ? Tu es chiant, en fait ! »), il y aurait en réalité une peur sous-jacente : « le groupe social (c’est-à-dire : la famille, le groupe d’amis, le cercle de collègues…) s’élabore autour de comportements communs – par exemple : une passion pour l’escalade… ou pour les « cuites » du vendredi soir. »

Celui qui ne boit pas devient une menace pour le groupe

Or, la personne qui décide d’arrêter de boire (surtout s’il s’agit d’une décision brutale, qui survient du jour au lendemain) « questionne l’un des fondements du groupe social : elle remet en cause un comportement commun et, à ce titre, elle devient une menace » affirme Émeric Lebreton. D’où des réactions de rejet instinctives, presque animales. « Car le groupe, lui, ne se remettra pas en question : il est soudé par la norme. Il est illusoire de se dire « j’ai arrêté de boire, ils vont suivre mon exemple »  ! » souligne le psychologue.

Pire : en arrêtant de boire de l’alcool, la personne oblige les membres du groupe social à regarder en face leur propre consommation. « Sans forcément le vouloir, cette personne interroge chez autrui la raison pour laquelle il boit : apprécie-t-il vraiment l’alcool, ou ne boit-il que pour maintenir la cohésion du groupe social ? » Une remise en question parfois difficile… et qui peut donc générer une certaine agressivité.

Ne pas boire, ne pas se couper de son groupe social : la stratégie de la triche

Quand on ne veut plus boire d’alcool mais qu’on ne veut pas non plus perdre ses amis, sa famille ou ses collègues, que peut-on faire ? « Si vous tenez à maintenir votre place dans le groupe social, la meilleure option reste la triche » propose Émeric Lebreton.

Le psychologue propose ainsi une excuse efficace : « pour justifier votre choix de ne pas boire, misez sur « Mon médecin m’a dit que je devrais éviter » , sans épiloguer. C’est un véritable laisser-passer pour le groupe, qui entendra « Un étranger à notre fonctionnement m’oblige à me comporter de cette façon, ça ne me réjouit pas mais je dois le faire, il n’empêche que je suis toujours des vôtres. » Cela peut être une solution. »

Si vous n’êtes pas à l’aise avec ce (petit) mensonge, le psychologue vous conseille de « réduire la fréquence de vos événements sociaux afin de réduire du même coup votre consommation d’alcool » ou de jouer sur une illusion visuelle : « gardez toujours un verre à moitié plein à côté de votre assiette, comme un symbole de « je suis comme vous ». Ça fonctionne ! »

Pour rappel, au mois de janvier 2023, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a publié un article intitulé « Aucun niveau de consommation d’alcool n’est sans danger pour notre santé » . Les autorités sanitaires y soulignent que « l’alcool est une substance toxique, psychoactive, qui induit une dépendance. » L’alcool provoque au moins 7 types de cancer, et « le risque est présent dès la première goutte. » Arrêter de boire ne rend donc certainement pas « chiant »… mais responsable !

Merci à Émeric Lebreton, psychologue et auteur de Mon auto-thérapie (éd. Marabout).

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