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À l’heure où la communauté scientifique surveille de près les risques de zoonose, notamment concernant la grippe aviaire, des chercheurs rapportent avoir découvert une voie de transmission de la lèpre dans l’Angleterre médiévale. Des analyses génétiques ont en effet permis de mettre en évidence une transmission probable de la lèpre de l’écureuil roux à l’homme au Moyen-Âge. Les écureuils roux constituaient ainsi, à l’époque, des hôtes des souches bactériennes de la lèpre, Mycobacterium leprae, rapporte l’équipe de recherche, dans un article scientifique publié ce 3 mai 2024 dans la revue Current Biology (source 1).

“Grâce à notre analyse génétique, nous avons pu identifier les écureuils roux comme le premier hôte animal ancien de la lèpre”, a expliqué le Dr Verena Schuenemann de l’Université de Bâle en Suisse, et coauteure de l’étude, dans un communiqué (source 2). “La souche médiévale d’écureuil roux que nous avons récupérée est plus étroitement liée aux souches humaines médiévales de la même ville (Winchester, N.D.L.R.) qu’aux souches isolées d’écureuils roux modernes infectés. Dans l’ensemble, nos résultats indiquent une circulation indépendante des souches de M. leprae entre les humains et les écureuils roux au cours de la période médiévale”, a-t-elle précisé.

La lèpre est une des plus anciennes maladies répertoriées dans l’histoire de l’humanité. Et bien qu’on en connaisse l’histoire évolutive dans les grandes lignes, on ignorait jusqu’alors comment elle avait pu se propager d’animaux à humains par le passé.

Ici, les chercheurs ont analysé 25 échantillons provenant d’humains, et 12 provenant d’écureuils, sur deux sites archéologiques de Winchester, au Royaume-Uni, ville bien connue pour sa léproserie (hospice pour lépreux) au Moyen-Âge. Parallèlement, la ville était aussi connue pour ses activités commerciales de fourrure, la fourrure d’écureuil roux étant alors utilisée pour garnir et doubler les vêtements. L’écureuil roux était aussi prisé comme animal de compagnie. De quoi favoriser grandement la transmission de la bactérie de la lèpre de l’animal à l’homme.

Comprendre pour mieux éradiquer

“L’histoire de la lèpre est bien plus complexe qu’on ne le pensait auparavant”, a commenté le Dr Schuenemann. “Le rôle que les animaux auraient pu jouer dans la transmission et la propagation de la maladie dans le passé n’a pas été pris en compte et, par conséquent, notre compréhension de l’histoire de la lèpre est incomplète […]. Cette découverte est pertinente aujourd’hui car les hôtes animaux ne sont toujours pas pris en compte, même s’ils peuvent être importants pour comprendre la persistance contemporaine de la maladie malgré les tentatives d’éradication”, a-t-elle souligné, la lèpre étant en effet toujours présente dans certaines régions du monde (Afrique, Asie, Amérique du Sud). Comprendre ses origines pourrait aider à comprendre la persistance de cette maladie “médiévale”.

Rappelons que la lèpre est d’autant plus difficile à éradiquer que le temps d’incubation de l’infection est très long (5 ans en moyenne, mais parfois plus de 20 ans). Les porteurs asymptomatiques de la bactérie Mycobacterium leprae peuvent ainsi transmettre la maladie sans se savoir atteints. Son traitement repose sur l’administration de trois antibiotiques, et permet généralement une guérison complète.

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