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Sous le terme médical de « voies aérodigestives supérieures » se cachent tout simplement le nez, la bouche et la gorge. Chaque année en France, environ 18 000 personnes découvrent qu’elles sont touchées par un cancer de ces VADS, ce qui peut avoir un impact important sur le plan psychologique, mais aussi fonctionnel. « Ces tumeurs se situent au carrefour des voies destinées à l’alimentation et à la respiration. Elles atteignent donc des zones anatomiques qui sont essentielles à la vie pour respirer, avaler et communiquer par la parole », rappelle la Ligue nationale contre le cancer dans une brochure destinée aux patients.

Dans ce type de cancers, environ 30 % des tumeurs affectent la bouche (les lèvres, les gencives, la langue…) ; 30 % touchent le pharynx (le fond de la gorge), 30 % le larynx (où se situent les cordes vocales) et 10 % le nez et les sinus.

De plus en plus, on voit émerger des cancers de l’oropharynx, c’est-à-dire les amygdales, l’arrière de la gorge et la base de la langue. « Cette augmentation s’explique par un nouveau facteur de risque : les infections à papillomavirus », observe le Pr Sylvain Morinière, président de la Société française de carcinologie cervico-faciale et chef du service ORL au CHU de Tours. Sur les 6 400 cancers liés aux papillomavirus qui surviennent chaque année en France, 22 % touchent l’oropharynx.

Cancers des VADS : quels sont les facteurs de risque ?

Les voies aérodigestives supérieures sont très sensibles à un certain nombre d’irritants.

Le tabac et l’alcool, principaux responsables

La majorité des cancers des VADS est liée au tabac et à l’alcool. En agressant les muqueuses de la gorge et du nez, ils provoquent à la longue une inflammation, ce qui va faciliter le passage dans l’organisme de composés cancérigènes. Par exemple, le goudron présent dans la fumée de cigarettes. Le risque est potentialisé chez les personnes qui ont à la fois une consommation excessive de tabac et d’alcool.

Les hommes sont largement plus touchés par les cancers des VADS que les femmes parce qu’ils sont davantage fumeurs et/ou buveurs. Mais ces dernières années, le nombre de femmes frappées par la maladie est en hausse, en lien avec l’augmentation du tabagisme féminin.

Des expositions professionnelles

L’inhalation de poussières de bois peut affecter les sinus. Ce type de cancer est d’ailleurs reconnu en maladie professionnelle chez les menuisiers et les ébénistes.

L’amiante, ce matériau qui a servi à l’isolation pendant de nombreuses années, interdit en France depuis 1997, est un cancérigène avéré. Il affecte en premier lieu les poumons et la plèvre (mésothéliome). En 2022, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a préconisé la reconnaissance en maladie professionnelle des cancers du larynx et de l’ovaire liés à l’exposition à l’amiante.

Les papillomavirus : facteur de risque émergent

Les papillomavirus (HPV) sont connus pour être responsables de cancers des organes génitaux (col de l’utérus, vagin, anus, verge). Leur implication dans les cancers de l’oropharynx est moins médiatisée. « Pratiquement toute la population est en contact au cours de sa vie avec les papillomavirus. La majorité des gens vont s’en débarrasser naturellement. Mais certaines personnes vont garder le virus de manière chronique dans l’oropharynx avec le risque qu’un cancer se développe au bout de plusieurs années, parfois plus de 20 ans », observe le Pr Morinière. La multiplication des partenaires sexuels augmente les risques de contamination. De même que les pratiques sexuelles orogénitales. Mais le papillomavirus peut aussi être contracté par un simple baiser.

Quelle prévention possible ?

Le vaccin contre les papillomavirus est recommandé aux filles et aux garçons dès l’âge de 11 ans. « Cette vaccination est efficace contre les papillomavirus oncogènes. Elle protège contre les cancers génitaux, mais aussi les cancers de la gorge », précise le Pr Morinière. À la rentrée 2023, une campagne de vaccination devrait être lancée auprès des collégiens de cinquième et, plus généralement, des adolescents de 11 à 14 ans chez qui le taux de vaccination anti-HPV est actuellement insuffisant. Chez les adultes, les rapports sexuels protégés permettent d’éviter la contamination.

Cancers des VADS : quels symptômes doivent alerter ?

Toute irritation persistante au niveau de la gorge doit être prise au sérieux. « Une gêne à la déglutition, la voix qui se modifie, un raclement de gorge persistant, un ganglion au niveau du cou… Si ces symptômes ne disparaissent pas au bout de 15 jours ou trois semaines, il vaut mieux consulter dans un premier temps son médecin généraliste et, si nécessaire, un médecin ORL à la recherche d’une éventuelle tumeur », explique le Pr Morinière.

Un saignement de nez anormal, toujours du même côté, peut être un signal d’alarme en ce qui concerne les sinus.

Au niveau de la bouche, les dentistes sont en mesure de repérer la présence suspecte d’une lésion sur la langue ou la face interne de la joue, et d’adresser leur patient à un médecin ORL.

Quels examens pour confirmer le diagnostic ?

Muni d’un abaisse-langue et d’un éclairage spécial, le médecin commence par examiner la gorge. Un fibroscope introduit par le nez lui permet ensuite, à l’aide d’une mini-caméra, d’inspecter la zone plus précisément.

Ces examens repèrent une lésion suspecte. Mais seule une biopsie (un prélèvement analysé en laboratoire) permet d’affirmer qu’il s’agit bien d’un cancer. Cette biopsie est pratiquée en milieu hospitalier sous anesthésie générale.

Un scanner des poumons vient compléter cette batterie d’examens. « Ce scanner est important en particulier chez les fumeurs. Il permet de repérer éventuellement un deuxième cancer ou des métastases au niveau des poumons », explique le Pr Morinière.

Cancers des VADS : quels traitements ?

Au stade précoce de la maladie, c’est-à-dire quand la tumeur reste localisée et que les ganglions lymphatiques ne sont pas atteints, le traitement repose sur la chirurgie. Grâce à des robots de plus en plus performants, la tumeur est enlevée par les voies naturelles – la bouche – ce qui évite les grandes incisions au niveau de la gorge. « Notre équipe a été une des premières à utiliser les robots chirurgicaux dès 2008. Ce type d’intervention permet de diminuer de 70 % les trachéotomies (introduction d’une canule dans la trachée pour permettre la respiration, NDLR) sur des cancers précoces. Les patients peuvent manger le soir même ou le lendemain », se réjouit le Pr Morinière.

Dans les phases plus évoluées de la maladie, la chirurgie reste une option mais l’intervention est plus lourde avec un risque de séquelles plus important. « Ce type d’opération peut altérer la déglutition, la respiration, la voix et l’élocution. C’est pourquoi nous mettons en place une rééducation précoce avec un orthophoniste. Des protocoles très efficaces existent. Malheureusement nous nous heurtons, dans certaines régions, au manque d’orthophonistes », souligne le spécialiste.

Cette chirurgie ORL est parfois suivie d’une phase de reconstruction, destinée à améliorer le résultat fonctionnel et esthétique. « Les progrès les plus récents portent sur la reconstruction de la mâchoire en utilisant des lambeaux d’omoplate ou de péroné. Ce type d’intervention se développe et devient très efficace », souligne-t-il.

Autres traitements disponibles : la radiothérapie et à la chimiothérapie. « Là encore de gros progrès ont été réalisés. Les doses de radiothérapie sont aujourd’hui très ciblées et permettent d’épargner les glandes salivaires, remarque le Pr Morinière. Quant aux chimiothérapies, elles sont mieux tolérées avec moins d’effets secondaires. En particulier, les patients ne perdent pas leurs cheveux ».

Enfin, l’immunothérapie est en plein essor dans les cancers des VADS. Ces traitements innovants, réservés aux cas les plus graves, stimulent le système immunitaire du patient pour l’inciter à détruire les cellules cancéreuses. « Les résultats sont très encourageants », estime le Pr Morinière.

D’une manière générale, les cancers des VADS sont de bon pronostic, avec des chances de guérison supérieures à 90 %, à condition d’être traités suffisamment tôt. En particulier, les tumeurs liées aux infections à papillomavirus sont très sensibles à la radiothérapie.

Le Pr Morinière n’en doute pas : « la diminution de la consommation d’alcool et de tabac, et surtout la vaccination contre le virus HPV permettra d’ici quelques années de diminuer la fréquence de ces cancers. »

À savoir : La Société française de carcinologie cervico-faciale prépare une campagne d’information sur les cancers des VADS. Cette opération baptisée « Rouge gorge » se tiendra du 2 au 5 avril 2024. L’association de patients Corasso, qui vient en aide aux personnes atteintes d’un cancer de la tête et du cou, y sera associée.

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