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Selon l’Institut national du cancer (INca), le nombre de nouveaux cas de cancer de la vessie diagnostiqués en France est estimé à 13 074 (chiffre de 2018) dont 81 % chez l’homme. La consommation de tabac est le premier facteur de risque de la maladie. Ce n’est pas un hasard si ce cancer est aujourd’hui de plus en plus fréquent chez les femmes, en lien avec l’augmentation croissante de leur tabagisme…

Cancer de la vessie : de quoi parle-t-on ? Qu’est-ce qu’un carcinome urothélial ?

La maladie se caractérise par le développement d’une tumeur au niveau de la paroi de la vessie. Dans plus de 90 % des cas, il s’agit d’un carcinome urothélial qui se développe à partir des cellules de la muqueuse (épithélium urothélial).
« Chez 75 % des patients atteints d’un carcinome urothélial, les tumeurs n’infiltrent pas le muscle et ne requièrent pas de traitements chirurgicaux lourds ni de chimiothérapie systémique parce qu’elles métastasent rarement, précise d’emblée le Pr Yann Neuzillet, urologue. En revanche, chez les patients qui souffrent une tumeur infiltrante (25 % des cas), le pronostic est moins bon et la maladie entraîne près de 50 % de décès dans les cinq années qui suivent. »

On distingue plusieurs types de cancer de la vessie :

  • le carcinome urothélial qui est de loin le plus fréquent (90 à 95 % des tumeurs)
  • l’adénocarcinome qui représente environ 1 % des tumeurs de la vessie ;
  • l’adénocarcinome de l’ouraque qui est une forme rare de tumeur de la vessie (moins de 0,34 % des cancers selon l’AFU) ;
  • le carcinome à petites cellules qui prend naissance dans les cellules du système neuroendocrinien (moins d’1 % des tumeurs) ;
  • le sarcome, un cancer rare qui se développe à partir des cellules musculaires de la paroi vésicale.

Sang dans les urines, douleurs : quels sont les premiers symptômes d’un cancer de la vessie chez l’homme et la femme ?

Le cancer de la vessie se manifeste principalement par des symptômes tels que :

  • une hématurie c’est-à-dire la présence de sang dans les urines ;
  • des envies d’uriner fréquentes (pollakiurie) ;
  • des sensations de pesanteur au niveau de la vessie ou de brûlure lors de la miction ;
  • des douleurs dans le bas du ventre ou le bas du dos ;
  • des besoins impérieux d’uriner.

Ces symptômes doivent conduire le patient à consulter au moins son médecin généraliste qui l’adressera si nécessaire après un premier bilan, vers un urologue.

« Le premier symptôme qui doit alerter, c’est la présence de sang dans les urines, insiste le Pr Neuzillet. Trop de patients présentent plusieurs épisodes d’hématurie avant de voir un médecin ce qui entraîne un retard de diagnostic et de prise en charge. »

Quels sont les facteurs de risque ?

Le principal facteur de risque de développer un cancer de la vessie est le tabac. « Lorsqu’on fume, les carcinogènes inhalés sont éliminés dans les urines, précise le spécialiste. Moins on va aux toilettes, plus ils sont concentrés et restent au contact de la muqueuse de la vessie. D’où l’importance de vérifier la couleur de ses urines : si elles ont la couleur d’un thé trop infusé, cela signifie que vous ne buvez pas assez. » Et d’ajouter : « Le cannabis fait également partie des facteurs de risque car il est souvent coupé avec des substances cancérigènes comme du pneu, du ciment ou encore du goudron. On observe d’ailleurs davantage de cancers agressifs de la vessie chez les fumeurs de cannabis. »

Enfin, l’exposition professionnelle à des composés comme les amines aromatiques – utilisées dans l’industrie cosmétique, la fabrication de matières plastiques ou de produits phytosanitaires – ainsi que les hydrocarbures aromatiques polycycliques est également un facteur de risque.

Comment poser le diagnostic d’un cancer de la vessie ? Quels sont les examens à réaliser ?

Le diagnostic repose sur la cytologie urinaire et l’échographie, deux examens qui seront complétés, si nécessaire, par une fibroscopie vésicale (cytoscopie). « Ces deux premiers examens sont non invasifs et indolores, précise le médecin. Si les résultats sont normaux, cela ne dispense pas, pour autant, de consulter un urologue. En effet, leur sensibilité n’est pas parfaite et il est possible de passer à côté d’une tumeur de bas grade. »

Qu’est-ce qu’une cytologie urinaire ?

Une cytologie urinaire est un examen qui permet d’étudier l’aspect des cellules de l’urothélium, la couche interne de la paroi de la vessie, à partir d’un simple échantillon d’urine. « Si l’analyse cytologique permet de détecter les tumeurs de haut grade, elle n’est pas toujours adaptée à la détection des tumeurs de bas grade », affirme le Pr Neuzillet.

Est-ce qu’un cancer de la vessie se voit à l’échographie ?

L’échographie rénale et vésicale permet de visualiser l’ensemble de l’appareil urinaire : les reins, les uretères et la vessie. Cet examen, indolore et non invasif, se déroule la vessie pleine. Le patient est allongé sur le dos et le praticien applique un gel sur la zone à étudier, entre le nombril et le pubis. Puis, il déplace sa sonde et analyse les images des organes en temps réel. « À l’échographie, il est possible de visualiser une tumeur de la paroi vésicale sous la forme d’un épaississement nodulaire localisé à un ou plusieurs endroits, explique le spécialiste. Le radiologue peut s’aider du doppler afin d’étudier la vascularisation de la paroi vésicale au niveau des anomalies nodulaires : si celles-ci sont hypervascularisées, c’est un argument de plus pour la résection endoscopique. En revanche, un épaississement homogène de la paroi de la vessie sera plutôt en faveur d’une hypertrophie du muscle vésical – appelée aussi vessie de lutte – en réaction à un obstacle chronique notamment dans le cadre d’une hypertrophie de la prostate. Ce n’est pas inquiétant… »

En cas de détection d’une anomalie à l’échographie, le praticien vous proposera de réaliser une résection endoscopique. Cette intervention chirurgicale se déroule sous anesthésie générale et permet d’enlever la tumeur par les voies naturelles.

Qu’est-ce qu’une cystoscopie ? Quand est-elle réalisée ?

L’échographie et la cytologie urinaire seront complétées si besoin par une cystoscopie. « C’est le gold standard pour être sûr qu’il n’y a pas d’anomalie », confirme le spécialiste. Cet examen consiste à introduire, sous anesthésie locale, une caméra dans la vessie afin de déceler des tumeurs trop petites pour être repérées par l’imagerie. « Il offre aussi la possibilité de cartographier la vessie afin de voir le nombre, la taille des polypes et leur situation par rapport aux méats urétéraux c’est-à-dire l’endroit où les reins viennent se vider dans la vessie », précise l’Association française d’urologie.

Comment savoir si un polype de la vessie est cancéreux ?

Un polype se caractérise par une petite excroissance sur la paroi interne de la vessie et peut se manifester par la présence de sang dans les urines en fin de miction. « Les polypes bénins dans la vessie sont très rares, indique l’AFU. Il se peut en revanche que la tumeur soit superficielle (qu’elle n’envahisse pas le muscle de la vessie), mais cela reste un cancer et nécessite un traitement et un suivi. » Une fois le polype réséqué, son analyse anatomo-pathologique déterminera le grade de la maladie et le stade du cancer.

Echographie, scanner ou encore IRM : quel est l’intérêt de l’imagerie médicale pour détecter les tumeurs ?

L’échographie reste l’examen le plus approprié dans le diagnostic précoce d’une tumeur de la vessie. « L’uro-scanner est utile en deuxième intention pour réaliser le bilan de la voie excrétrice urinaire dans son ensemble lorsqu’on a détecté une anomalie, précise l’urologue. En effet, le cancer peut être multifocal et ne pas toucher uniquement la vessie. Mais, ce n’est pas un outil efficient pour le diagnostic précoce du fait de l’irradiation et de l’injection de produit de contraste potentiellement néphrotoxique. » Quant à l’IRM ou plutôt l’uro-IRM, elle est prescrite en cas de contre-indication à l’uro-scanner, lorsque le patient a une fonction rénale réduite ne permettant pas l’injection d’iode. « L’uro-IRM peut également être pertinente pour évaluer l’infiltration de la tumeur ainsi que dans le bilan d’extension du cancer afin de voir si des cellules cancéreuses ont migré jusqu’aux ganglions lymphatiques et aux organes voisins sous forme de métastases », ajoute le Pr Neuzillet. 

Cancer de la vessie : quel est le traitement ?

Le traitement du cancer de la vessie est principalement chirurgical. « En cas de tumeur non infiltrante du muscle, le traitement de référence est la résection endoscopique de la tumeur, confirme le spécialiste. En revanche, en cas de tumeur infiltrante du muscle vésical, il faudra procéder à l’ablation de la vessie (cystectomie totale) suivie par la construction d’une nouvelle manière de stocker et de réguler le flux d’urine (dérivation urinaire) ». La chirurgie sera associée si nécessaire à de la chimiothérapie et/ou de la radiothérapie voire une immunothérapie

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