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Aucun traitement médicamenteux ne guérit de la maladie d’Alzheimer. Au mieux, les traitements retardent le processus de la maladie. Au pire, certains altèrent la santé des patients. En attendant les avancées de la recherche, de nombreuses approches non médicamenteuses existent pour construire les parcours de soins et améliorer la qualité de vie des patients atteints de la maladie d’Alzheimer.

Qu’est-ce qu’une approche non médicamenteuse ?

Les thérapeutiques non médicamenteuses (TNM), également appelées interventions non médicamenteuses (INM), prises en charge non médicamenteuses ou thérapeutiques non médicamenteuses, sont un ensemble des techniques de soins, d’approches environnementales et humaines à visée thérapeutique. Elles se développent de plus en plus ces dernières années.

« Ces prises en soin, qui peuvent être proposées aux différents stades de la maladie, font appel à une grande variété de médiations susceptibles de créer du lien et de procurer du plaisir et du bien-être à la personne malade », explique le guide des interventions non médicamenteuses de la Fondation Médéric-Alzheimer (source 1).

Les thérapeutiques non médicamenteuses, un élément important de la prise en charge

Basées sur la stimulation des sens et la stimulation cognitive, elles reposent sur une approche plus humaine du soin et apportent du bien-être aux malades. Il est plus difficile de se prononcer sur les effets à long terme. « Aucune de ces interventions n’a apporté la preuve de son efficacité du fait de difficultés méthodologiques. Elles doivent être pratiquées par un personnel formé et s’inscrire dans le cadre d’un projet de soins », recommande la HAS, qui reconnaît toutefois que « les interventions non pharmacologiques sont un élément important de la prise en charge thérapeutique ».

Toutefois, il existe encore des limites au développement de ces thérapies, comme le manque de moyens humains, de personnels formés, de financements ainsi que le manque de reconnaissance de ces métiers de thérapeutes.

Soigner Alzheimer par la thérapie assistée par l’animal

La thérapie assistée par l’animal impacte positivement le fonctionnement psychologique, physique et social. On les appelle les « interventions assistées par l’animal (IAA) », encadrées par des binômes homme/animal formés visant à améliorer la qualité de vie des personnes fragiles telles que les personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer.

« Elles ont un effet positif sur le fonctionnement cognitif comme la vigilance, la pleine présence ou encore l’humeur, sur le fonctionnement physique comme l’amélioration du niveau d’activité, des mouvements ou encore de l’équilibre, et sur le fonctionnement social en stimulant la communication et l’inclusion sociale », indique la Fondation.

Une stimulation cognitive, psychomotrice et affective

À Vezin-Le-Coquet (35), l’Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) les Champs Bleus accueille soixante-quatre personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées, qui présentent différents symptômes : perte de mémoire, anxiété, opposition, délires, hallucinations ou troubles du sommeil.

Cette résidence a mis en place un programme de zoothérapie, « pour apaiser les résidents et susciter des émotions », explique la Dre Laure Jouatel, médecin coordonnateur de la structure. Pendant trois mois, des résidents suivent une séance hebdomadaire.

Dans une pièce, une chienne golden retriever est entourée par son maître, Emmanuel Doumalin, éducateur spécialisé en médiation animale, une aide-soignante et trois personnes âgées. Emmanuel Doumalin saisit les mains de Mme Alexandre et les appose sur l’animal. « On stimule le toucher », explique le zoothérapeute, qui travaille ensuite la concentration de la personne en lui demandant de suivre de sa main le long du corps d’Elsie. « On travaille le potentiel cognitif, psychomoteur et affectif. Le but est de retrouver du plaisir par les sens », ajoute le zoothérapeute.

Ensuite, Emmanuel Doumalin travaille la représentation dans l’espace et la perception de soi. Il montre une partie du corps de la chienne, que les résidents désignent sur leur propre personne. Au bout d’une heure, chacun donne des croquettes à Elsie. « Rien n’est anodin. Cela rend mobile les doigts et le poignet ».

Une dame, pour qui se verser un verre d’eau était difficile, peut désormais le faire. « On maintient ainsi l’autonomie », se félicite Isabelle Guillou, assistante de soins en gérontologie. « On ne fait pas de miracle. On constate des résultats ponctuels. Notre objectif est que les progrès perdurent », conclut le Dr Jouatel.

Zoom sur les ateliers de mobilisation cognitive

« Ils consistent à solliciter les différentes mémoires et les fonctions exécutives et attentionnelles »indique France Alzheimer (source 2). Organisés autour d’exercices conçus pour être les plus proches possibles de la vie quotidienne des patients souffrant d’Alzheimer, ils permettent de « maintenir les fonctions cognitives, de renforcer l’estime et la confiance en soi et de faciliter la communication et l’expression verbale ». Une séance de 2 heures par semaine ou tous les 15 jours pendant 3 mois est le format le plus souvent proposé. 

Soigner Alzheimer par l’art-thérapie

L’art-thérapie est une intervention encadrée par un art-thérapeute qui consiste à utiliser l’art comme moyen psychothérapeutique pour aider les individus à exprimer une vision personnelle tout en s’engageant dans la création. L’art-thérapie est particulièrement intéressante pour les personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer. « De plus en plus de recherches démontrent que l’art-thérapie est en mesure de stimuler la récupération des souvenirs chez ces personnes pendant le processus créatif malgré le processus pathologique de la maladie », indique la Fondation Médéric-Alzheimer. Mais pas que.

Créer un lien social et stimuler l’imagination

À Moncontour (22), la maison Saint-Thomas-de-Villeneuve propose, elle, de l’art-thérapie. Cet établissement fait aussi appel à une professionnelle extérieure, Marie Deboudt, diplômée de la faculté de médecine de Tours. Ce jour-là, elle accompagne une personne plutôt alerte, Mme Moisan, âgée de 87 ans, qui s’angoisse car sa petite-fille doit accoucher de jumeaux. Son état se stabilise, la maladie évolue peu.

« Le but est de lui faire oublier ses soucis », confie l’art-thérapeute qui la suit depuis deux ans. Au programme, la décoration d’un plat en plastique. « Ce n’est pas l’œuvre artistique qui compte. C’est de prendre du plaisir. Cela leur évite de déambuler, de régresser ».

L’art-thérapeute donne des consignes simples, puis veille à les répéter. Pendant la séance, une complicité s’instaure. Les deux femmes rient. Mme Moisan pousse même la chansonnette. « Un lien social se crée », raconte Marie Deboudt, qui parle d’une voix calme. Pour colorer le plat, l’art-thérapeute lui tient la main.

« Ce sont des personnes très peu touchées, sauf pour la toilette. Le contact tactile est important ». À la fin, après une demi-heure, le plat décoré, Marie Deboudt félicite avec insistance la personne âgée. « Elle doit être contente d’elle, se sentir valorisée. Certaines personnes démontrent des capacités insoupçonnées et de l’imagination. Il faut maintenir ce potentiel ». L’art-thérapeute annote le dossier médical afin d’assurer un suivi.

Les ateliers à médiation artistique

« Ces ateliers, animés par un artiste et/ou un professionnel formé à l’art-thérapie, mettent les participants en situation de création », explique France Alzheimer. « Ils favorisent la vie relationnelle et émotionnelle, l’expression des capacités préservées ainsi que la créativité de chacun. Musique, peinture, théâtre, danse ou photographie sont particulièrement adaptés car ils font appel aux capacités à ressentir, à percevoir, à exprimer des émotions et à créer ».

Soigner Alzheimer par la stimulation multisensorielle

« Le terme ‘intervention multisensorielle’ englobe toute intervention visant à stimuler deux ou plusieurs sens primaires (visuel, auditif, gustatif, olfactif, tactile) », rappelle la Fondation Médéric-Alzheimer.

Pourquoi c’est utile ? Car « les comportements réactifs et les troubles cognitifs associés à la maladie d’Alzheimer ou aux maladies apparentées sont étroitement liés au déclin sensoriel », répond la Fondation. « En raison de changements sensoriels liés à l’âge (déficits visuels et auditifs) qui sont exacerbés par la maladie, les personnes peuvent avoir des besoins accrus de stimulation ».

Faire ressurgir la mémoire lointaine et se détendre

Lumière tamisée, colonnes à bulles colorées, musique… Une ambiance de night-club ! Avec les décibels en moins. Pierre Toutain, 79 ans, est confortablement installé dans un large fauteuil. À ses côtés se trouve Nadia Gaudin, aide médico-psychologique. Cet espace se trouve en fait à l’Ehpad Germaine-Ledan, à Matignon (22). Il s’agit d’une salle de relaxation dite salle snoezelen, contraction de deux termes néerlandais : snuffelen pour renifler, explorer, et doezelen pour somnoler.

Somnoler, Pierre ne le fait pas encore. Il s’agite et n’arrête pas de parler. Dans un état plutôt avancé de la maladie d’Alzheimer, il s’exprime de manière incohérente. Les mots sont parfois difficilement compréhensibles, mais le débit est rapide. « Une séance personnalisée libère la parole », se réjouit Nadia Gaudin.

Cet ancien maçon tient dans ses mains une balle faite d’épais fils à scoubidous de couleur. Peut-être un outil pour lui ? « Il fait souvent référence à son métier. La mémoire lointaine ressurgit », dit Nadia Gaudin. Il caresse l’objet, le regarde. La stimulation multisensorielle, c’est le principe de la démarche snoezelen, qui doit apporter bien-être et détente.

Et justement, dans la salle, Pierre s’apaise au fil des minutes. Les mots sont plus rares, les gestes plus lents. Bercé par le bruit des vagues sorti des enceintes, il referme les paupières. Nadia s’écarte sans le quitter des yeux. « Je le laisse décider. Il ne faut pas le contrarier. » Mais, faute de personnel, les résidents ne fréquentent pas souvent l’espace snoezelen. Pierre n’y reviendra pas avant une quinzaine de jours.

Quels autres traitements non médicamenteux pour soigner Alzheimer ?

Il est important de garder une activité physique le plus longtemps possible car celle-ci aurait des bienfaits sur les fonctions cognitives et sur les capacités physiques, notamment en prévenant les chutes et en préservant la mobilité.

« Les activités physiques adaptées, comme la gymnastique douce ou la marche, pourront permettre à la personne malade de se réconcilier avec son corps. Pratiquer du sport régulièrement a une incidence certaine sur la gestion du stress et de l’anxiété », indique la Fondation Alzheimer.

Sport, aromathérapie, orthophonie, thérapie par réminiscence…

D’autres disciplines pouvant également entraîner des améliorations notables de l’humeur et du comportement chez les malades Alzheimer peuvent être incluses dans le parcours de soins, comme :

  • La réhabilitation cognitive : cette thérapie comportementale est destinée à gérer l’impact des troubles cognitifs. Le but : atteindre des objectifs personnels liés aux activités de la vie quotidienne et à l’engagement social, améliorer la qualité de vie et le bien-être de la personne ;
  • La thérapie par réminiscence : l’objectif est d’évoquer des souvenirs et d’encourager la communication, dans le but d’améliorer la conversation et la communication relatives aux expériences et aux événements de la vie antérieure, et d’encourager la mémoire autobiographique ;
  • L’aromathérapie : de plus en plus d’études cliniques démontrent les bienfaits des huiles essentielles pour retarder ou atténuer les symptômes de la maladie Alzheimer ;
  • L’hortithérapie : cette discipline utilise le jardin, le jardinage, la culture des plantes et la relation avec la nature pour améliorer la santé physique, mentale et sociale ;
  • L’orthophonie : les séances permettent de mobiliser les capacités préservées, de développer des stratégies de compensation des difficultés cognitives et de soutenir les capacités de communication ;
  • Le Taï-chi : les bienfaits de cette activité complète portent sur le métabolisme, la condition physique, la stabilité motrice, le renforcement musculaire, l’anxiété et sur la cognition ;
  • Les thérapies agissant sur l’environnement : « les ergothérapeutes peuvent proposer des conseils et des aménagements au domicile afin de l’adapter au besoin de la personne. Leur connaissance des technologies et de diverses techniques permet de sécuriser l’environnement, de l’adapter pour pallier les difficultés quotidiennes et ainsi prolonger l’autonomie et d’améliorer la qualité de vie à domicile », explique la Fondation Recherche Alzheimer (source 3) ;
  • Le bien-être corporel : des techniques comme les massages et la relaxation peuvent détendre la personne et ainsi diminuer les troubles du sommeil, l’anxiété, les troubles du comportement…

Interventions non médicamenteuses : où les faire ? Quelle prise en charge ?

Suite à la décision ministérielle de 2018 de ne plus rembourser les médicaments contre la maladie d’Alzheimer, les INM sont davantage mises en avant, même si elles restent encore peu développées face à la demande, et toujours réalisées hors du domicile. Bien souvent, les INM sont réalisées en structure d’accueils de jour. “Les hôpitaux de jour proposent aux personnes malades des activités de rééducation de la mémoire, du langage, des mouvements et offrent à l’aidant des périodes de répit. Sur prescription médicale, ces activités sont prises en charge à 100 % par la Sécurité sociale”, indique la Fondation Alzheimer.

Suite à une enquête de la Fondation Médéric-Alzheimer menée en 2019, “97 % des EHPAD et 96 % des accueils de jour ayant répondu à l’enquête ont déclaré proposer une ou plusieurs INM pour les personnes malades, pour les aidants et pour le couple aidant-aidé” (source 4). Toutefois, de nombreuses activités ou thérapies non médicamenteuses ne sont pas prises en charge. 

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